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[Témoignage Cannabis] Réponse à Alias72 censurée par un modo de Drogues Info Service

Salut à tous.

De temps en temps je répond à des questions sur les forums de drogues info service, et je compose des réponses que j’estime de qualité (ça n’engage que moi), mais surtout je prend du temps pour le faire. Beaucoup de temps.
Ce ne sont pas des réponses type comme les psys pourraient en faire (1) avec leurs chichis habituels, mais des VRAIES réponses, d’humain à humain, comme je pourrai le faire en privé, sauf que les forums de Drogues Info Service sont grave rudimentaires (pour ne pas dire pourris) ne permettent pas ce privilège.

La première réponse que j’ai posté sur ces forums était un test, en désaccord avec la loi de 1970 sur les stupéfiants, et je me suis fait publier sans problème. J’ai donc tiré la conclusion que contrairement à ce que je pensais à propos de ce service subventionné par l’État qu’est DIS,  on était libre de nos paroles, les seuls responsables de nos dires, et que le système de modération était équitable. Je me trompais lourdement. Alors comme je ne veux pas laisser tomber ceci dans l’oubli, voici mon alternative à cette censure arbitraire (car pourquoi cette fois et pas les autres?) :

Question d’Alias72 :

J’ai deux grandes questions

Mon fils a 17 ans, il consomme plusieurs sortes de drogues. Il a pris du canabis, speed et même de la cocaine.

Demain il part pour une thérapie de 42 jours afin de cesser les drogues dures car il ne veut plus en prendre mais m’a dit qu’il ne cesserait jamais le canabis puisque c’est pas si terrible que les gens le disent ! (c’est son avis, pas la mienne)

Aujourd’hui, j’ai découvert qu’il m’a volé 50$ parce qu’il était apparamment en colère contre moi suite à l’envoi en thérapie même si c’est lui qui a voulu y aller (je ne le comprend pas)

mes questions : comment puis je savoir s’il m’aime ? (à part lui demander car sa parole n’a pas tellement de valeur maintenant)

comment cesser la culpabilité que j’éprouve ?

Et plus bas, voici ma réponse, censurée par Drogues Info Service (DIS).
Je précise qu’à l’heure actuelle, aucune réponse n’a encore été postée, acceptée, la personne est donc dans l’expectative, et a fait appel par désespoir à DIS… J’ai aussi remarqué que très rares sont les réponses justement… J’étais un des rares à répondre.
Dommage pour leur service je ne participerai plus (c’est indiscutable), car chers lecteurs, vous comprendrez que quand on se fait censurer sur une réponse aussi complète et composée que celle qui suit, on peut rester légèrement et légitimement sur les dents. Voilà donc ma réponse, et j’espère que cette maman pourra la voir :

Réponse à Alias72 à son message d’appel au secours sur Drogues Info Service du 22 janvier 2013, que les modérateurs ont jugé utile de ne pas lui transmettre. Je les remercie au passage, et les prévient qu’ils n’auront plus jamais à me modérer. Je ne participerai simplement plus.

Bonjour.
Alors premièrement, votre fils vous aime, ne vous posez pas la question, à moins que vous lui ayez fait du mal vraiment et concrètement, il peut vous en vouloir pour des raisons qui n’appartiennent qu’aux couples parents/enfants, mais je ne peux pas concevoir qu’un enfant n’aime pas ses parents si ces derniers se comportent justement avec.
Votre fils vous vole pour s’acheter du cannabis ? Ne pensez pas que vous êtes dans un cas isolé, je l’ai moi même fait à mon propre père, acte que je regrette, mais avec du recul on explique facilement : Le parent est contre le fait que l’ado use du cannabis. Lui ne comprend pas que le parent n’accepte pas. Il sait d’avance que s’il lui demande de l’argent, il devra mentir sur la raison, et quand bien même il baratine, ça peut marcher une fois, deux fois, mais il sait d’avance qu’arrivé un moment, le parent doutera trop fort que c’est pour le cannabis, et qu’il ne voudra plus. Logique adolescente, maman/papa veut pas, je le fais quand même, mais dans son dos. Il est important d’inculquer des limites lors de l’éducation, à ses enfants, mais interdire directement ne fonctionnera pas dans beaucoup de cas, et mènera forcément à des situations de violation des règles que l’enfant trouve arbitraires. Ce serait pas mieux si le simple fait d’expliquer à son fils que telle drogue fait ceci et que telle autre fait cela, en lui laissant son libre arbitre, tout en sachant qu’il est informé, et il ne pourra pas faire comme s’il ne savait pas. De là viendra peut être l’essai (vous ne pourrez jamais ni empêcher ni contrôler – à moins de l’emprisonner – les expériences de votre enfant à partir d’un certain âge, vers 13-14 ans), et le refus grâce aux informations que vous lui aurez apporté quelques temps avant, par le dialogue.
Diaboliser une substance est-elle la solution ? Le résultat est effectivement qu’une majorité des gens ne vont pas vers les produits diabolisés, mais c’est la peur qui les motive, ce sont des informations fausses qu’ils croient. Et le résultat inverse est vrai aussi : pour la part la plus rebelle de la population (dont beaucoup de jeunes font partie, c’est l’âge de la contestation), ils chercheront à braver les interdiction. Vous avez déjà essayé de mettre quelqu’un de fier au défi ?
Non le cannabis n’est pas dangereux, les informations qui vont dans le sens contraire sont fausses et proviennent d’étude achetées avec les résultats (on commande des études, et on jette celles dont les résultats ne plaisent pas, et on garde seulement les plus salissantes pour le produit qu’on veut salir rien de plus simple pour falsifier des résultats quand on a les moyens). Surveillez les consommations de drogues dures de votre fils et aidez le à s’en sortir s’il en a besoin, mais je prend la responsabilité de vous dire que le cannabis ne pourra qu’améliorer son quotidien, mis à part s’il présente des fragilités mentales à la base, auquel cas ça pourra les révéler plus tôt, mais en AUCUN cas les provoquer (la schizophrénie par exemple, maladie pour laquelle le cannabis est un révélateur, mais en aucun cas ne la provoque, il aurait même tendance à l’amoindrir, et je parle d’expérience). Je comprend que vous soyez dévastée de découvrir que votre fils vous a volé de l’argent, alors pour éviter ça, et tant qu’il ne sera pas en âge d’assurer lui même sa consommation, donnez-le-lui, ça évitera qu’il le prenne d’autorité (et risque de vous mettre dans une situation délicate financièrement).
Faites attention quand même aux choix que vous allez faire quant à sa consommation de cannabis, car la situation pourrait être bien pire : il pourrait vous prendre au mot et chercher à remplacer sa consommation de cannabis par de l’alcool qui est légal certes, mais qui est autrement plus mauvais et pour la santé physique et pour la santé mentale.
S’il y a une seule chose que je veux que vous reteniez de mon discours, c’est ceci : la Guerre aux Drogues est un échec, et la mentalité qui dit que "se droguer, c’est mal" est entrain de montrer ses limites. On a constaté de par le monde que cette guerre aux stupéfiants, cette prohibition telle la prohibition de l’alcool dans les années 20 aux USA, a créé une augmentation de la consommation, de nouveaux produits plus facile et rapide à fabriquer apparaissent pour contrer les efforts policiers quant aux imports/exports… les nouvelles drogues n’ont plus besoin d’être exportées car elles sont consommées localement et sur place. Je vous parle du speed, de la métamphétamine. On s’aperçoit que c’est en effet la prohibition qui a fait en sorte que les mafias se soient développées partout. Il est temps de changer de mentalité et d’être pragmatique. Informez vous sur les effets réels scientifiques du cannabis, vous comprendrez qu’il est d’avantage probable que ça fasse du bien à votre enfant. Tapez par exemple dans google, IACM bulletin, passez le site en français et vous pourrez voir que chaque mois, ce sont des dizaines de propriétés bienfaitrices qu’on trouve au cannabis, et chaque mois, ce sont des idées reçues qui tombent, comme par exemple le mythe que le cannabis provoque la schizophrénie, mensonge éhonté. La théorie de l’escalade qui dit que : qui a touché à une drogue cherchera toujours d’autres drogues plus puissantes est aussi un mythe et jamais personne n’a pu le prouver. La dose mortelle du cannabis est de plus de 7 kilos. Personne n’est capable de fumer tout ça en une seule fois. A titre indicatif la dose mortelle de l’aspirine est à environ 10 grammes.
J’espère que vous trouverez une solution sans faire souffrir qui que ce soit d’avantage.
Cynoque

Heureusement que je ne rédige pas mes réponses directement dans leurs formulaires, car ce texte ils me l’auraient effacé comme des sauvages, direct à la corbeille comme si c’était un truc plein de connerie, du spam… Comprenez ma colère.
C’est con pour eux, je garde tout… Et oui, la censure je connais, quand on dit des vérités sur internet, on en est sans cesse victime.

Et voici donc les raisons données par DIS à propos de cette censure, de laquelle on ma prévenu par e-mail en toute discrétion :

Bonjour Cynoque,

Je suis le modérateur des forums de Drogues Info Service. Je vous remercie d’avoir contribué déjà à plusieurs reprises à nos forums, je vous remercie d’avoir pris la peine de répondre hier à la sollicitation d’Alias 72 qui s’inquiète pour son fils de 17 ans qui consomme du cannabis, du speed et de la cocaïne.Votre réponse est très intéressante mais en conformité avec notre charte, il nous est impossible de la publier en l’état sur notre site. En effet, la partie où vous exposez les effets du cannabis et les conséquences de sa consommation pourrait être considérée comme une présentation sous un jour favorable de l’usage de stupéfiant, contrevenant ainsi à l’article L3421-4 du code de la santé publique, ce qui nous exposerait potentiellement à des poursuites judiciaires.

J’espère, malgré tout, que vous continuerez à contribuer à nos forums car votre participation y est précieuse.
Cordialement,

Etienne Martin

Non mais si c’est pas du putain de culot ça?? Etienne tu te touches un peu là non? Faut arrêter de croire au Papa Noël coco…
Ou alors c’était simplement de la politesse, mais oh, garçon, tu penses bien que si je continuais à participer ce serait un message trop fort pour toi : "Vas-y continues à me censurer comme tu le veux, dès qu’un détail te dérange, tu peux user de la raison fatale : la loi de 70…"
C’est vraiment me prendre pour plus CON que je ne suis…

Cynoque

(1) désolé à mes lecteurs psy, ce n’est pas que je ne vous aime pas, c’est votre métier que j’estime de charlatan, que je n’aime pas, et surtout toutes les saloperies de chimie que vous faites bouffer à vos patients en pensant que ça leur fait du bien et en les persuadant de cette abérration à tel point qu’ils seront vos premiers avocats… Un syndrome de Stockholm? et vous savez pertinemment que ça leur fait du mal physiquement à long terme (ulcères, maux de ventre répétés du aux prises répétées de chimie, etc les complications sont nombreuses), mais en continuant sans chercher à explorer les autres alternatives, naturelles, dans l’herboristerie ou les propriétés naturelles des fruits, légumes, plantes, épices, tout en faisant bien sûr le jeu des labos assassins qui se fichent bien de NOTRE santé

[Salles de Conso] Je suis toxicomane : les "salles de shoot" nous donneraient le droit d’exister, un peu

LE PLUS. La ministre de la Santé Marisol Touraine a évoqué l’expérimentation de salles de consommation de drogue d’ici la fin de l’année. Salomée Miroir, jeune femme toxicomane, espère que les choses vont se mettre en place et souligne à quel point cela pourrait être important pour elle.

Par 
jeune femme toxicomane

Édité par Gaëlle-Marie Zimmermann

Marisol Touraine veut expérimenter les "salles de shoot" en France (PHOTOPQR/NICE MATIN)

Marisol Touraine veut expérimenter les "salles de shoot" en France (PHOTOPQR/NICE MATIN)

Je m’appelle Salomée et je suis toxicomane depuis 10 ans.

Ce que je trouve frappant dans les déclarations des "contre" la mise en place des salles d’injection, c’est cette ignorance non seulement des réalités de la toxicomanie, mais aussi de l’organisation des salles d’injection en elles-mêmes.

Une incitation à se droguer ? C’est ridicule

Parmi les "arguments" qui reviennent régulièrement, il y a la prétendue "incitation à se droguer" : soit en mettant en place ces salles, on inciterait les jeunes enfants innocents (il faut surtout bien penser à foutre la trouille) à se shooter, soit on inciterait le toxico déjà accro à continuer.

Pour ce qui est de l’incitation d’un public sain et non concerné, j’avoue que j’ai vraiment du mal à comprendre l’idée. Valider cet argument, c’est valider le présupposé qu’au fond de nous, on a tous un désir irrépressible de se shooter, mais qu’on ne le fait pas parce que c’est trop compliqué. C’est absurde.

Quant à "l’incitation à continuer si un drogué veut s’arrêter" évoquée entre autre par Bernard Debré, c’est une gageure absolue. Le problème est en fait à considérer à l’envers : en tant que toxico dépendant, on est toujours incité à continuer. C’est physiologique, c’est le principe de la dépendance, on a mille raisons d’arrêter mais on ne le fait pas parce qu’on ne voit plus rien, parce qu’on est dans la compulsion, parce qu’on n’a plus de contrôle.

Et avec la drogue, il y a cette particularité de l’interdit qui fait qu’on apprend très vite à ne pas parler de ce qu’on vit. Ce n’est pas juste une question de tabou social, c’est du pragmatisme : parler, c’est s’ exposer à de lourdes peines de prison et/ou à un sevrage brutal (donc atrocement violent et douloureux), ce dernier étant aujourd’hui considéré comme une sacro-sainte et absolue solution.

Ajoutez à cela le vide thérapeutique autour de la question, et vous comprendrez rapidement qu’un toxico ne rencontre finalement pour ainsi dire jamais d’occasions de s’entendre dire qu’il existe des soins, qu’il peut essayer, qu’on peut l’aider, que s’il se plante c’est pas grave, ça veut pas dire que c’est foutu et qu’on le lâchera ou qu’on l’ enfermera.

De même qu’un toxico ne rencontre finalement pour ainsi dire jamais d’oreille capable de prêter attention à ses souffrances, ses peurs, ses problèmes, ou toutes autres choses.

Ainsi les salles de consommation peuvent, dans le "pire" des cas, n’avoir aucune conséquences, et dans le "meilleur", inciter au soin et au sevrage. Et entre le "pire" et le "meilleur", il y a toute une palette de possibilités, de la reconsidération de soi à la vigilance retrouvée, en passant par la semence de graines d’ idées nouvelles auxquelles il faudra laisser le temps de germer.

En tant que toxico, j’ai l’impression qu’on me tend enfin la main

Étant moi-même toxico depuis 10 ans, je peux témoigner du fait que je n’ai jamais ressenti autre chose de la part des institutions que de multiples formes d’agressions et d’oppressions. Jamais. En fait, cela fait 10 ans que j’ai juste tous les jours un peu plus le sentiment d’être hors marges, et juste tous les jours un peu plus peur.

Aujourd’hui, celles-ci songent à faire un petit pas vers nous, les camés. Elles songent à nous tendre une main, une vraie, de façon pragmatique, et pour une fois, non répressive. Elles semblent vouloir nous dire qu’elles sont conscientes de certaines de nos difficultés, et qu’elles souhaitent au moins essayer d’aider une partie d’entre nous. En fait elles sont, pour la première fois depuis très longtemps, prêtes à reconnaître qu’on existe, et qu’on est des êtres humains.

C’est un geste fort, et tellement nécessaire. Je dois d’ ailleurs admettre que ça m’a énormément surprise de la part de la France, qui fait vraiment la guerre à ses pourtant nombreux toxicos, et ce sans l’ombre d’une remise en question de ses méthodes depuis un très long moment.

Alors quand je vois qu’il y a des résistances, et surtout pourquoi, j’ enrage un peu. J’enrage parce que ce sont des résistances idéologiques, quand il ne s’agit pas tout simplement de postures travaillées en vue d’un calcul électoral ou politique. J’enrage parce que s’il s’agissait d’alcoolisme ou de produits licites, les choses seraient différentes. Or, lorsqu’on est dépendant d’ une substance psycho-active, peu importe de laquelle il s’agit, au final c’est le même mal, et la même… maladie. Alors quoi ?

Cachons ces toxicos que vous ne sauriez voir

Alors oui c’est sûr, c’est compliqué. Parce que finalement, l’interdit et la silenciation/invisibilisation qu’il entraîne, dans le fond c’est bien pratique : on est pas censé exister, donc on fait comme si.

Pas la peine de réfléchir, pas la peine d’en parler, et surtout, pas la peine de se remettre en question et pas la peine de changer. Yeux fermés, oreilles bouchées, enfin pas trop quand même, juste ce qu’il faut pour nous jeter dans des prisons en restant totalement aveugles et sourds à nos douleurs et nos démons. Les toxicos, c’est le bout de la chaîne, derrière eux y a plus personne.

Certains s’esclaffent, mais comment on va faire, ça n’a ni queue ni tête ! Rendez-vous compte, ces gens seront là, en train de clairement enfreindre la loi par leur simple possession de produit, oh non mais c’est pas possible, c’est trop compliqué, comment on va faire pour trouver un consensus, comment on va faire pour trouver une éthique ?

La morale sociale face à la souffrance

Bah on va pas faire. Voilà. On est arrivé au point de non-retour, celui où il va falloir accepter les choses et s’y adapter, celui où effectivement, il va falloir se remettre en question pour trouver une cohérence avec les valeurs qu’on s’approprie, humanisme et pragmatisme en particulier, et parmi tant d’autres.

Oui, ça va fâcher des gens. Les déranger surtout. Le déni, c’était plutôt pratique, le libre-arbitre version extrémiste, c’était bien aussi, "t’avais qu’à", "t’avais qu’à pas", maintenant tant pis pour ta gueule, de toute façon t’existes pas.

Ça va fâcher des gens, eh bien tant pis. Parce que pendant que ça se fâche pour des histoires de morale, de posture et d’idéologie, des gens crèvent, souffrent, des gens ont besoin d’aide, de soins et d’écoute, ça c’est pas des mots, c’est pas des chiffres, c’est du concret, c’est du réel, et il faut faire avec.

Si les salles d’ injection se mettent en place, ça ne changera pas ma vie. Moi, je fais partie de cette énorme majorité de toxicos qui ne se shootent pas. Cette majorité qui sniffe et/ou qui fume, plus ou moins planquée dans le décor. Et à vrai dire, j’ ai une liste de critiques longue comme un bras à délivrer au sujet des salles de shoot.

Un dispositif à parfaire, en lien avec les forces de l’ordre

La plus importante étant qu’à mon sens, mettre en place un tel dispositif, si ce n’est pas accompagné d’une révision de la loi de 70, ça n’aura des effets que très limités. Pour une raison toute simple : après des décennies de harcèlement policier (oui oui, je pèse mes mots), peu nombreux sont les toxicos qui vont oser se pointer dans une institution en tant que ce qu’ils sont tout en se sentant en sécurité.

Vraiment, on a beaucoup de mal à croire que les flics vont savoir résister à une aubaine pareille. Et puis on connaît le truc, ne vous inquiétez pas, c’est sous contrôle, vous avez des droits, jusqu’au jour où bing, ha bah oui mais non, là y a exception, c’est pour votre sécurité vous comprenez.

On m’a dit qu’en cas de mise en place du dispositif, il y aura des accords avec la police, comme ce serait apparemment déjà le cas actuellement avec les quelques associations d’aide aux toxicos en place. J’imagine que pour un citoyen lambda, c’est un gage de viabilité suffisant. Mais quand on fait partie d’une communauté harcelée et traumatisée par la police depuis des décennies, ça sonne surtout comme une vaste blague.

Élargir les dispositifs sanitaires aux autres toxicomanies que celles par injection

Aussi, je ne comprends pas qu’on ne s’intéresse qu’aux injections. C’est clairement le mode de consommation le plus dangereux qui existe, mais le sniff ou même la fume sont aussi des pratiques qui ont leur lot de problèmes sanitaires.

Et en plus, ce sont les pratiques de consommation les plus répandues. Et compte tenu du vide thérapeutique auquel on est confronté(e) quand on est toxico, permettre de faciliter les contacts avec des soignants, ce serait vraiment pas un luxe.

Et puis en réfléchissant, je me suis rendu compte que la particularité du sniff et de la fume, c’est que ça se faisait "tout seul". Je veux dire, on peut pas le faire à ta place. Et je me demande si dans le fond, c’est pas ce qui dérange.

Parce que dans le dispositif tel qu’il est prévu, ce sont des soignants qui injectent des malades, et à ces malades, on est pas censés apprendre l’autonomie. Finalement, tout va bien, le paternalisme est sain et sauf, et la négation du toxico en tant que sujet actif reste sauve. Amen.

Pour finir, rien à l’horizon pour étudier et comprendre les mécanismes toxicomaniaques. Pourtant les chiffres gonflent…

Pour autant… J’espère sincèrement que les choses vont se mettre en place.

Une avancée bénéfique malgré tout

D’une part parce que ça ne concernera peut-être que très peu d’entre nous, mais ceux qui le seront ne seront pas n’importe lesquels : il s’agira des plus précaires, ceux qui se shootent au chrono dans les chiottes publiques ou celles du McDo parce qu’ils n’ont nulle part d’autre où aller, "oh et puis tant pis pour le nettoyage du matos, si je me magne pas je vais finir au trou" : ce genre de choses arrivera encore, mais ça arrivera moins.

Ceux qui se shootent à quatre avec une même seringue et qui se charcutent littéralement tout le corps à la lumière d’une bougie chauffe plat, squat de fortune sans eau ni électricité, pareil, ça arrivera encore, mais ça arrivera moins.

Et puis ceux qui se shootent dans des cages d’escalier, dans les parcs publics, n’importe où pourvu qu’ils puissent se planquer, tout ça c’est des souffrances atroces qu’on pourra faire diminuer.

D’autre part, mettre en place des salles d’injection, ça veut dire nous donner le droit d’exister, un peu, un tout petit peu, mais quand même. Ça veut dire aussi, faire grossir le parc de soignants compétents, et ça ça urge juste à mort. Ça veut dire ouvrir une page, la toute première depuis la Méthadone, dans laquelle on écrira une autre histoire que celle d’une guerre.

Ça veut dire redonner de l’espoir à des gens qui ont oublié qu’ils avaient des droits. En fait ça veut dire plein de choses, mais en résumé c’est surtout : "Vous êtes là, on le sait, on comprend un minimum votre maladie, et on vous redonne le droit de vivre un tout petit peu avec nous, regardez, on vous a même fait une petite place".

Ça n’a l’air de rien, mais franchement c’est énorme.

Source

[Le Monde] Cannabis: police et justice expérimentent la contravention

Pour l’addictologue Jean-Pierre Couteron, l’amende ne convient pas aux plus jeunes, laissés seuls avec leur problème.

Le Monde datant du 20 juillet 2012, propos recueillis par Laurent Borredon & Laetitia Clavreul. Télécharger un pdf

Concernant l’usage de stupéfiants et, singulièrement, de cannabis,il y a le débat politique. C’est la polémique qui a suivi le rappel par Cécile Duflot, entre les deux tours des législatives, de la position des écologistes en faveur de la dépénalisation. C’est aujourd’hui, la « Charte pour une autre politique des drogues », lancée par la sénatrice communiste Laurence Cohen et plusieurs centaines de spécialistes des addictions. Et puis il y a la réalité policière et judiciaire – la «pire des situations», selon un commissaire : « Officiellement, l’usage n’est pas dépénalisé, mais sur le fond, il l’est. »

L’idée de punir d’une contravention la consommation fait son chemin chez les policiers, toujours farouchement opposés à la dépénalisation. Place Beauvau, l’entourage de Manuel Valls affiche sa « fermeté sur la question des interdits», mais n’est pas « fermé au débat ». Une proposition de loi a été adoptée par le Sénat, le 7 décembre 2011, pour sanctionner d’une simple amende le « premier usage illicite» de stupéfiants. Elle est entre les mains de l’Assemblée nationale.

Actuellement, la consommation de stupéfiants est punie d’un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende. Plus de 184 000 personnes ont été mises en cause par les policiers et les gendarmes pour usage de stupéfiants en 2011. Mais mis en cause ne veut pas dire condamné, loin de là. « Ça nous bouffe du temps, alors que la réponse pénale est incertaine», se désole un responsable départemental de la sécurité publique. A Créteil par exemple, sur 3 600 nouvelles affaires d’usage en 2011, 1 770 se sont traduites par un rappel à la loi, 740 par une injonction thérapeutique et 120 par une orientation sanitaire. Au final, seuls 40 mis en cause ont fait l’objet d’une comparution immédiate devant le tribunal correctionnel. «C’est résiduel et marginal»,reconnaît Nathalie Beccache, procureur à Créteil. Dans les Hauts-de-Seine, sur 3 975 procédures en 2011, seules 516 ont abouti à des poursuites pénales.

Les magistrats et les policiers mettent en fait déjà en place, peu ou prou, ce qui s’apparente à une « contraventionnalisation», par le biais de la procédure d’ordonnance pénale. « Quand il n’y a pas de réponse pénale adaptée plus sophistiquée, on en vient à la sanction pécuniaire»,explique Mme Beccache. A Créteil, sur 900 personnes poursuivies en 2011, la plupart ont bénéficié d’une ordonnance pénale, qui se solde en général à une amende.

Dans les Hauts-de-Seine, en 2008, le parquet, la police et les douanes ont mis en place une méthode originale, encore plus efficace: la transaction douanière. L’article 343 bis du code des douanes permet à l’autorité judiciaire d’alerter les services des douanes d’une infraction au dit code. Or les douaniers ont des pouvoirs que les policiers n’ont pas… Notamment celui de réclamer un recouvrement immédiat.

L’expérience a été rendue possible par la création des groupes d’interventions régionaux (GIR), qui incluent un douanier. Le modus operandi est simple. Après son interpellation,le détenteur de cannabis est présenté à l’officier de police judiciaire. Celui-ci, en accord avec le parquet, appelle le douanier du GIR, qui vient avec son carnet à souches d’« arrangements transactionnels » établir l’amende pour transport de marchandises prohibées.

Et là, il faut payer tout de suite. Comme le dit malicieusement un policier, « pas le choix, il faut aller au distributeur de billets le plus proche ». « Il y a un aspect immédiat, qui frappe les esprits », juge Erwan Guilmin, directeur régional des douanes pour la zone Paris-Ouest. « Quand on commence à cibler une cité, ça se sait dans le quartier, les flics passent moins pour des cons », ajoute un haut responsable policier parisien, qui regrette que la méthode n’ait pas eu « le même succès» partout, notamment dans la zone des douanes Paris-Est (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Seine-et-Marne): « Ils n’ont pas compris l’intérêt.»

Évidemment, l’expérience est limitée : il n’y a qu’un douanier référent dans chaque GIR, qui ne peut pas passer ses journées dans les commissariats. Dans les Hauts de-Seine, cela donne une centaine de transactions chaque année, pour une centaine de milliers d’euros payés au fisc – le record national. Mais le fait de taper au portefeuille un gros consommateur ou un petit trafiquant permet de déstabiliser les réseaux. Et tant pis si, en échange, le parquet abandonne les poursuites pénales pour ce menu fretin. « Nous préférons éviter les dossiers à 30, 35 personnes, lourds à juger et où la cohérence des acteurs est difficile à établir », explique le procureur de Nanterre, Philippe Courroye.

« Il y a un effet dissuasif, mais le gros problème, c’est l’absence de réponse sanitaire », regrette toutefois le commissaire Thierry Huguet, patron de la brigade des stupéfiants parisienne. Beaucoup de policiers estiment au contraire que l’injonction thérapeutique et les stages de sensibilisation ne marchent pas. A Nanterre, on affirme qu’il y a «50% de déperdition» lorsque le stage est choisi: Les consommateurs disent qu’ils préfèrent payer une amende. Ou ils acceptent le stage mais ne s’y rendent pas.

Alors, la contravention, trop répressive ou trop laxiste ? La mesure avait été rejetée par François Hollande lors de la campagne présidentielle, car il craignait la confusion avec la dépénalisation. Pourtant, assure le radical de gauche Jacques Mézard, rapporteur (RDSE) de la proposition de loi du Sénat, « nous n’avons pas de volonté de dépénalisation mais d’avoir une réponse qui corresponde mieux à la réalité. L’augmentation considérable de la consommation nous inquiète ».

« Aujourd’hui, les sanctions sont différées et non dissuasives pour les jeunes. Une sanction immédiate sera plus efficace », ajoute l’auteur du texte, Gilbert Barbier (Jura), membre de l’UMP, mais rattaché au groupe RDSE. Les sénateurs proposent des contraventions de 3e classe. Elles peuvent atteindre 450 euros maximum (68 euros si elles sont payées dans un délai de45 jours). Les deux sénateurs veulent croire qu’une amende aidera à « sensibiliser les jeunes au fait qu’il existe des drogues interdites ». Mais ils le reconnaissent, cela ne suffira pas à « endiguer la diffusion du cannabis»

Laurent Borredon Le monde

«Dépénaliser la consommation privée tout en maintenant des interdits»

Entretien

Jean-Pierre Couteron est psychologue clinicien et président de la Fédération Addiction, qui regroupe des intervenants du secteur. Il est l’un des initiateurs de la « Charte pour une autre politique des addictions», lancée le 13 juillet et qui a recueilli 850 signataires.

Pourquoi cette charte ?
Nous avions envie de poser la question de nouvelles orientations sur les drogues, alors que la politique répressive menée ces dernières années a montré ses limites. Nous voulions un texte grand public, à proposer à la signature des professionnels, et plus largement de toute personne qui s’intéresse aux addictions. Sur ce sujet, les choses sont compliquées à faire évoluer, car les politiques craignent des sanctions électorales. Nous voulons pousser le gouvernement à s’emparer de ces questions alors qu’il s’est fait discret jusqu’à présent sur ce que seront ses orientations.

Qu’est-ce qui caractérise le débat français sur les drogues ?
La focalisation sur le produit, notamment sur le cannabis, et non sur le comportement addictif et le niveau de consommation. A quoi s’ajoute une mythologie du licite et de l’illicite, qui fait qu’on peine à faire bouger les lignes. En France, nous sommes face à un moralisme qui empêche de réfléchir de façon pragmatique. Nous avons fixé un dogme, l’interdit, et tous ceux qui tentent de s’interroger sont taxés soit de laxisme, soit d’angélisme. Pourtant, la question de la toxicomanie n’est pas qu’une question de pharmacologie, c’est aussi une question de culture, d’air du temps. Une vraie politique des drogues doit donc pouvoir s’adapter aux évolutions de la société, ce que le législateur français a échoué à faire jusqu’ici.

Faut-il faire évoluer la loi de 1970, qui pénalise usage et trafic quel que soit le stupéfiant ?
Clairement oui, car la répression des usagers de cannabis a montré son inefficacité. Il est temps d’en finir avec les interpellations arbitraires, qui ciblent sans cesse le même public, d’autant que cette stratégie coûte cher, comme l’a montré la Cour des comptes en dénonçant la politique du chiffre. Mais cette évolution ne doit pas se faire n’importe comment, il faut assurer un équilibre. Nous pensons qu’il faut dépénaliser la consommation privée de produits et diversifier la prévention, mais sans laisser-faire. Il faut donc maintenir des interdits. Ils sont indispensables dans la société d’hyperconsommation, très addictogène, qu’est devenue la nôtre. Ces interdits peuvent être nombreux: pour les adultes, consommer dans certains lieux et certaines circonstances comme la conduite d’un véhicule ou dans l’exercice de certaines professions. Et pour les mineurs, interdire toute consommation.

La contraventionnalisation de l’usage de stupéfiants ne serait elle pas une autre voie ?
Elle peut certes participer à une deuxième voie, mais ce n’est pas LA solution. Son intérêt, c’est principalement de faciliter le travail des policiers, et c’est d’ailleurs souvent de spécialistes des questions de sécurité que vient la proposition. Dresser une contravention permet de donner des gages en matière d’ordre public et d’en finir avec l’emprisonnement des usagers de cannabis, mais cela laisse les familles et les consommateurs seuls avec leur problème. Or il faut savoir que la consommation dès 14-15 ans augmente les risques d’usages problématiques par la suite. A cet âge, l’amende ne serait pas satisfaisante. Il vaut mieux faire réfléchir l’adolescent aux risques qu’il prend, comme dans le cadre des consultations mises en place pour les jeunes consommateurs.

Propos recueillis par Laetitia Clavreul

[Essonne Info] Le cannabis veut son poste de député

Essonne-Info, le 25 mai 2012

Politique. Essonne Info a reçu Farid Ghehiouèche, 40 ans, sans emploi, père de famille et candidat aux législatives dans la huitième circonscription. Ancien militant pendant douze ans chez les Verts, il se présente aujourd’hui sous l’étiquette Cannabis, Santé, Liberté, Justice. Essonne Info dresse le portrait de ce militant de longue date.

Photo : Farid Ghehiouèche, candidat pour la légalisation du cannabis, sur la huitième circonscription de l’Essonne. (© DM/EI)

Un candidat pas si ordinaire

A quarante ans, Farid Ghehiouèche est déjà un militant aguerri. Ce père de famille sans emploi se lance dans une nouvelle bataille politique. Après douze ans passés au comité des drogues chez les Verts, il est cette année candidat aux législatives dans la huitième circonscription de l’Essonne. Il aura face à lui Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la dernière élection présidentielle et député sortant. « Je veux mettre le cannabis au centre de la campagne. Mais en France, on ne peut pas parler des applications thérapeutiques bénéfiques. Ce serait aller contre la loi qui interdit de le présenter sous un jour positif », explique Farid Ghehiouèche. Pour faire entendre sa voix, il se lance dans une campagne à zéro euro. Il imprime lui-même ses bulletins et les distribue directement sur les marchés et dans les mairies. « Il y a beaucoup de jeunes qui pourraient se présenter. Mais ils ont peur des formalités administratives obligatoires à réaliser avant de se présenter. On aurait pu présenter mille candidats, issus de la vraie diversité, mais les jeunes n’y croient plus. L’important est de faire entendre sa voix. Alors j’y vais pour défendre, pour montrer la voie », ajoute-t-il.

Il faut encadrer la dépénalisation

Il publie sur son site des doléances recueillies auprès des habitants du Val d’Yerres. Parmi ses propositions, on retrouve le métissage de l’Assemblée nationale, la parité, ou encore la démocratie directe. Santé, liberté et justice sont des termes qui sont au cœur de sa campagne. De nombreuses actions sont prévues avec le soutien du collectif Cannabis Sans Frontières. Père de famille, Farid Ghehiouèche sait que certaines personnes peuvent être freinées par l’image négative que renvoient les drogues dans notre pays. « On est effectivement pour une dépénalisation du cannabis. Mais il faut que cela soit encadré et que ce soit fait avec intelligence. Il existe des pistes : interdire la consommation aux mineurs de moins de quinze ans, développer les applications thérapeutiques, réglementer le commerce et d’autres. Il existe des alternatives à la prohibition et il faudrait les développer », précisait-il. Pour autant, Farid Ghehiouèche ne se fait pas d’illusions au sujet des résultats du vote, mais espère que son message sera entendu. « Ce serait bien d’être présent au second tour pour continuer à défendre mes idées », conclut le candidat à la feuille ciselée.

[Essonne Info] Le cannabis veut son poste de député

Essonne-Info, le 25 mai 2012

Politique. Essonne Info a reçu Farid Ghehiouèche, 40 ans, sans emploi, père de famille et candidat aux législatives dans la huitième circonscription. Ancien militant pendant douze ans chez les Verts, il se présente aujourd’hui sous l’étiquette Cannabis, Santé, Liberté, Justice. Essonne Info dresse le portrait de ce militant de longue date.

Photo : Farid Ghehiouèche, candidat pour la légalisation du cannabis, sur la huitième circonscription de l’Essonne. (© DM/EI)

Un candidat pas si ordinaire

A quarante ans, Farid Ghehiouèche est déjà un militant aguerri. Ce père de famille sans emploi se lance dans une nouvelle bataille politique. Après douze ans passés au comité des drogues chez les Verts, il est cette année candidat aux législatives dans la huitième circonscription de l’Essonne. Il aura face à lui Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la dernière élection présidentielle et député sortant. « Je veux mettre le cannabis au centre de la campagne. Mais en France, on ne peut pas parler des applications thérapeutiques bénéfiques. Ce serait aller contre la loi qui interdit de le présenter sous un jour positif », explique Farid Ghehiouèche. Pour faire entendre sa voix, il se lance dans une campagne à zéro euro. Il imprime lui-même ses bulletins et les distribue directement sur les marchés et dans les mairies. « Il y a beaucoup de jeunes qui pourraient se présenter. Mais ils ont peur des formalités administratives obligatoires à réaliser avant de se présenter. On aurait pu présenter mille candidats, issus de la vraie diversité, mais les jeunes n’y croient plus. L’important est de faire entendre sa voix. Alors j’y vais pour défendre, pour montrer la voie », ajoute-t-il.

Il faut encadrer la dépénalisation

Il publie sur son site des doléances recueillies auprès des habitants du Val d’Yerres. Parmi ses propositions, on retrouve le métissage de l’Assemblée nationale, la parité, ou encore la démocratie directe. Santé, liberté et justice sont des termes qui sont au cœur de sa campagne. De nombreuses actions sont prévues avec le soutien du collectif Cannabis Sans Frontières. Père de famille, Farid Ghehiouèche sait que certaines personnes peuvent être freinées par l’image négative que renvoient les drogues dans notre pays. « On est effectivement pour une dépénalisation du cannabis. Mais il faut que cela soit encadré et que ce soit fait avec intelligence. Il existe des pistes : interdire la consommation aux mineurs de moins de quinze ans, développer les applications thérapeutiques, réglementer le commerce et d’autres. Il existe des alternatives à la prohibition et il faudrait les développer », précisait-il. Pour autant, Farid Ghehiouèche ne se fait pas d’illusions au sujet des résultats du vote, mais espère que son message sera entendu. « Ce serait bien d’être présent au second tour pour continuer à défendre mes idées », conclut le candidat à la feuille ciselée.

[ASUD Journal] Numéro 49 : Présidentielles : Putain de drogués

Le pdf du journal complet sera disponible sur le site en téléchargement libre d’ici peu. En attendant vous pouvez consulter les anciens numéros sur cette même page, et si vous voulez lire les autres articles, écrivez à ASUD pour le recevoir chez vous. (abonnements peu chers)

La source de tout ce qui suit est ici : ASUD

Asud Journal Numéro 49

Asud Journal Numéro 49

ASUD Journal n°49 est sorti. Au sommaire de ce numéro :


Edito : Mangez-le…

Sommaire

Ecrit par Fabrice Olivet

Il y a deux ans, Jean Teulé publiait un opuscule1 relatant l’histoire de la démence collective d’un petit village normand. Au début de la guerre de 1870, un voyageur est brusquement assailli par une horde éthylique qui s’empare de lui aux cris de « À mort le Prussien ». Frappé, cloué sur un établi, puis ferré comme un cheval, le malheureux subit en crescendo une série de tortures raffinées avant d’être dépecé, débité et… mangé. Une histoire de cannibales gaulois, tirée d’un fait divers, métaphore édifiante de la folie répressive endurée par les usagers de drogues.

Mangez-le ! En 1970, la représentation parlementaire française s’est brusquement aperçue qu’elle avait aussi un Prussien à disposition. Depuis, les « drogués » sont passés par toutes les stations d’un supplice codifié remontant en fait à 1916, date de la première proscription légale. À trop souvent parler de notre chère loi de 1970, on finit par oublier que la répression de l’usage de psychotropes a été revisitée en un siècle par une cascade de dispositions toujours orientées dans le sens de l’aggravation des peines. Condamnés au sida par la loi sur l’interdiction des seringues, emprisonnés comme usagers-revendeurs, voire ensuite expulsés au fil du zèle législatif des années 1980-19902, les consommateurs de drogues peuvent aujourd’hui faire le bilan d’un quinquennat qui n’a pas manqué de respecter cette tradition de matraquage. En 2007, la loi dite de « prévention de la délinquance » et ses nombreux artifices juridiques ont fourni leur quota de toxicos à recycler derrière les barreaux. On frémit désormais à l’idée de ce que nous prépare le prochain vainqueur de la course présidentielle, quel qu’il soit (voir p. 8).

Mangez-le ! Un peu partout dans le monde, la figure du toxicomane est brandie pour masquer des enjeux sociaux, économiques ou politiques. L’écran de fumée est moraliste, noyé de bons sentiments, la « bien?pensance » le disputant généralement au misérabilisme. Ce procédé est également utilisé pour stigmatiser une autre catégorie de « déviants » : les putes, qui partagent avec les drogués le souci d’être protégé(e)s de ceux qui leur veulent du… bien. Une hypocrisie remise au goût du jour par la polémique sur la pénalisation des clients des prostitué(e)s (voir p.10).

Mangez-le ! La guerre à la drogue (War on Drugs) menée aux États-Unis depuis 1969 est aussi une guerre raciale séculaire née sur les décombres de l’esclavage. Telle est la thèse de Michelle Alexander, une sociologue américaine, auteure d’un best-seller3 curieusement ignoré par la presse française : « Parler des vertus du traitement de la toxicomanie plutôt que de l’incarcération pourrait avoir plus de sens si l’objectif de la guerre contre la drogue était d’en finir avec les abus de drogue. Mais cela n’a jamais été l’objectif principal de cette guerre. Cette guerre n’a pas été déclarée pour faire face à la criminalité, elle a été déclarée afin de gérer les personnes noires. »4D’initialement tiré à 3 000 exemplaires, l’ouvrage s’est diffusé à 175 000 et la polémique qui a suivi renvoie nos vaticinations halal au rayon jouets versus amateurs d’Haribo. S’appuyant sur le chiffre des incarcérations de Noirs depuis quarante ans (une donnée impossible à reproduire en France, rappelons-le), Michelle Alexander affirme que le gouvernement américain a délibérément utilisé la lutte contre la toxicomanie pour canaliser le racisme latent de la population et réprimer l’ennemi héréditaire, le Noir pauvre du ghetto. On a le Prussien qu’on peut. Mangez-en tant qu’il en reste, il faudra ensuite penser au plat suivant.

    1. *Mangez-le si vous voulez, Jean Teulé (Julliard, 2009).
    1. *1972 :Interdiction de vente des seringues dans les pharmacies ;1986 : Loi sur les usagers-revendeurs ;

      1994 : Nouveau code de procédure pénale et doublement des peines pour trafic de drogues ;

      2003 : Création du délit de conduite sous l’emprise de stupéfiants ; 2007 : Loi sur la prévention de la délinquance.

    1. *The New Jim Crow : Mass Incarceration in the Age of Colorblindness, Michelle Alexander (The New Press, New York, N.Y., 2010, réédition poche en 2012).
  1. * Interview de Michelle Alexander par le site web Talking Drugs.

Faire encore du chiffre avec les drogués

Sommaire

Une circulaire du ministère de la Justice du 16 février 2012 relative à l’amélioration du traitement judiciaire de l’usage de produits stupéfiants impose désormais une réponse pénale systématique, avec stage de sensibilisation à la première infraction et relance de l’injonction thérapeutique. Combien de fois faudra-t-il encore répéter que la prévention et le soin sous la contrainte sont inefficaces ?

asud journal 49 élections humour

Par leur nombre plus que par volonté politique, les usagers ont gagné une sorte de bienveillance mêlée de lassitude de la part de certains procureurs et Officiers de police judiciaire (OPJ) qui classent de nombreuses procédures en fonction du dossier. D’après la circulaire, ce procédé favoriserait la banalisation de la consommation. Le classement sans suite et le simple rappel à la loi sont surtout indispensables pour résorber l’engorgement de la justice, et focaliser les moyens sur des priorités comme la prévention de la violence, la tranquillité publique, et la lutte contre les mafias.

En cas d’usage simple, et quelle que soit la quantité et le profil de l’usager, le ministère de la Justice demande aux procureurs d’exclure le recours au classement sans suite en opportunité et au classement avec rappel à la loi. À la première infraction, la circulaire les enjoint désormais à proposer systématiquement le stage de sensibilisation comme alternative à la peine (version soft) ou dans le cadre d’une composition pénale avec inscription au casier (version hard).

Un marché captif de dizaines de milliers d’usagers par an offert sur un plateau aux structures qui organisent ces stages, alors que leur évaluation est encore attendue. À condition de trouver des fonds publics pour les financer, de nombreux prévenus n’ont pas les ressources pour sortir 450 euros. Et si les plus fortunés payent ce prix exorbitant pour les autres, cela ne suffira pas à couvrir l’explosion des besoins suite à cette circulaire. Même chose pour l’injonction thérapeutique systématique à la moindre suspicion de dépendance : comment la financer ? Si le stage n’est pas possible ou opportun, la directive demande d’utiliser la procédure simplifiée d’ordonnance pénale délictuelle avec réquisition d’une amende pour « faciliter la gestion des flux de contentieux générés par la limitation de la mesure de rappel à la loi ». Un gros bazar est déjà prévu. En cas de récidive ou de refus de l’injonction thérapeutique, la circulaire demande le déferrement devant le tribunal correctionnel, une réponse répressive à l’usage simple qui touchera encore principalement les usagers les plus exposés dans la rue et les quartiers populaires.

Cette mesure est une conséquence directe des recommandations du rapport parlementaire relatif à la toxicomanie du 30 juin 2011. Un mauvais travail donne des produits dérivés calamiteux. Asud demande le retrait de cette circulaire et une expertise officielle enfin paritaire, scientifique et professionnelle. Nous souhaitons surtout que les praticiens de la justice enterrent cette décision administrative en forme de matraque. Comme ils le firent malheureusement pour celles de Pelletier en 1978 ou Guigou en 1999 qui demandaient de limiter les poursuites pour usage simple (encore 5 000 incarcérations annuelles environ). L’indépendance de la Justice doit s’appliquer dans les deux sens.


Et la drogue dans tout ça ?

Sommaire

Ecrit par Jules Crétois

Quelles sont les positions des principaux partis politiques en lice pour l’élection présidentielle concernant l’usage et les usagers de drogue ? Bien que certains sujets soient peu abordés (les salles de consommation à moindres risques par exemple), un rapide aperçu des programmes et des interventions publiques permet de se faire une idée de ce qu’en pense chaque candidat-président. Seule la légalisation du cannabis semble au final vraiment tarauder nos politiciens. Petit tour d’horizon.

asud journal 49 election panneaux électoraux

Commençons par la droite de la droite. Sans surprise, du côté du Front national (FN), on se refuse à toute dépénalisation des drogues. On argue même qu’il faut « accentuer la répression contre les trafiquants mais aussi contre les consommateurs ». La drogue semble être considérée par les militants frontistes comme un enjeu purement sécuritaire et non sociétal. Une phrase lapidaire à propos des consommateurs se glisse tout de même dans le programme du FN : « Les consommateurs doivent être soumis à une obligation de soins. »

Moins à droite, le parti au gouvernement ne semble pas pour autant beaucoup plus ouvert sur la question. Pas de traces de drogue dans le programme 2012 de l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Mais a priori, pas de changements révolutionnaires du côté du parti de la majorité. Répondant à Jacques Attali pour Nicolas Sarkozy, actuel président et candidat de l’UMP pour la présidentielle, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, s’est dit hostile à toute dépénalisation, parlant « d’irresponsabilité » et de « discours démagogique » quand des dirigeants socialistes ou écologistes se ris-

quaient à l’évoquer.

Au Mouvement démocrate (Modem), parti du centre, on ne semble sûr de rien. Mais on s’ouvre à la réflexion. Responsable des questions de société au sein du parti, Jean-Luc Bennahmias, a ainsi salué en juin 2011 la réouverture par le socialiste Daniel Vaillant (PS) du débat sur la légalisation du cannabis, fustigeant notamment l’hypocrisie de mise actuellement…

Répondant à Jacques Attali à propos de la prohibition, le président du Modem, François Bayrou, estimait quant à lui qu’il fallait envisager les addictions aux produits psychotropes « d’abord sous l’angle de la santé publique ». À l’antenne de France Inter, Bayrou s’interrogeait publiquement :

« Je ne suis pas fermé à la réflexion mais je crois que la légalisation augmenterait la consommation. » Ni répression aveugle ni légalisation immédiate, une mesure qui serait selon Bennahmias incomprise par la population. Au centre, on souffle le chaud et le froid.

Au Parti socialiste (PS), nombreuses sont les voix à proposer des alternatives à la pénalisation pure et simple. Pour rappel, Martine Aubry qui était la principale concurrente de François Hollande lors des primaires au sein du parti s’était clairement prononcée pour la dépénalisation de l’usage de cannabis. Interrogé par Jacques Attali sur la prohibition, François Hollande qui représentera finalement le PS aux élections répondait cependant :

« Tout en maintenant l’interdit des drogues, il faut adosser la sanction à une prise en charge thérapeutique de l’usager, sans laquelle la pénalisation restera vaine. » L’interdit, François Hollande semble y tenir. Il le répétait sur France 2 il y a peu : « Est-ce qu’il faudra maintenir l’interdit ? Je l’affirme. »

Quelques mois auparavant, il semblait pourtant se poser des questions. Lors d’un débat public dans le XXe arrondissement parisien, il demandait qu’une réflexion soit mise en place à l’échelle européenne et avouait que l’expérience portugaise de la dépénalisation méritait d’être étudiée.

Les écolos ne semblent pas changer de ligne sur la question de la drogue. Candidate à la présidentielle pour le parti Europe Écologie-Les Verts, Eva Joly est l’une des candidates les plus claires à propos de l’usage de drogues. Dans une récente interview à Rue89, elle se prononçait encore pour la dépénalisation et une régularisation des drogues douces avec l’adoption de taxes et d’une économie contrôlée. Elle abordait également en ces termes le sujet des salles de consommation à moindres risques, un sujet que la plupart des dirigeants de parti n’évoquent même pas : « Je suis absolument pour les salles de shoot… cela me paraît être le minimum que l’on puisse faire pour cette catégorie d’exclus très marginalisés. »

Candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon affirmait pour sa part au site Seronet qu’« il est nécessaire de développer de nouveaux programmes dans la lutte contre la propagation de maladies telles que l’hépatite C et le VIH ». Selon lui, les salles de consommation à moindres risques « offrent une sécurité sanitaire pour les usagers de drogues ». Argument plus inattendu, Mélenchon vante les salles de consommation car

elles participeraient à restaurer la « tranquillité et la sécurité des habitants » en diminuant la consommation de drogue dans l’espace public. Le leader de la gauche de la gauche peinait en revanche à se prononcer clairement pour ou contre la légalisation de drogues et résumait : « La lutte contre la toxicomanie ne passe pas par un accroissement de l’arsenal répressif qui a prouvé son inefficacité. »

La légalisation du cannabis semble être une évidence aux camarades trotskistes du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Dans leur presse militante, ils écrivent : « La légalisation est la seule mesure sérieuse en terme de santé publique. » Et plus loin : « Ne plus faire du consommateur un délinquant est le préalable à toute politique de santé. » Et de citer l’importance de programmes tels que la distribution de seringues stériles. Candidat du NPA, Philippe Poutou s’est pour sa part prononcé pour l’abrogation de la loi de 1970. Au côté des écolos, le NPA semble le parti se présentant aux élections le plus radical concernant l’usage de drogues.

Toujours chez les trotskistes, les militants de Lutte ouvrière (LO) semblent moins ouverts sur la question. Dans la presse du parti, on pouvait lire récemment : « Alors dans une telle société, la légalisation serait-elle un progrès ? Il est bien difficile de le dire. »

L’article laissait « aux médecins ou d’autres professionnels de ces questions» toute latitude pour « réfléchir, en ayant pour seul objectif de combattre les toxicomanies. » Il y a peu, Nathalie Arthaud, candidate de LO, reconnaissait tout de même lors d’un passage sur i>télé l’inefficacité de la répression et de la pénalisation.

Si l’échec de la politique actuelle en matière de drogues les pousse à la réflexion, les dirigeants des partis les plus importants de l’échiquier politique restent étrangement archifrileux sur les questions concernant la prohibition. Faut-il prendre comme un aveu les propos de ce cadre du Modem, Jean-Luc Bennahmias, « on ne peut pas passer du pour au contre du jour au lendemain, ce serait inexplicable pour la population » ? Nos politiciens auraient-ils simplement peur de la réaction d’une partie de leur électorat ? Quant aux appareils partisans, ils semblent faire encore peu de place aux questions précises comme les salles de consommation à moindres risques ou l’utilisation du cannabis thérapeutique…


Putes et drogués : même combat pour l’accès aux droits !

Comment sortir du bois?

Sommaire

Ecrit par Morgane Merteuil – Secrétaire générale du Strass

Les offensives liberticides de ces dernières années ont favorisé la convergence de luttes menées par des populations réprimées. Le fait que la lutte des putes soit relayée dans ces pages en est une preuve : attaquées, ce n’est que par la solidarité que les minorités sexuelles morales ou sociales pourront accéder au droit.

asud journal 49 putes

Le Strass, Syndicat du travail sexuel (ne cherchez pas le deuxième « s », on l’a juste ajouté parce que c’est plus beau comme ça !) a été créé en 2009, lors des Assises de la prostitution, dans la lignée du collectif Les Putes qui militait déjà pour « visibiliser » la question.

Mieux placéEs que quiconque

Le Strass se veut ainsi un outil d’auto-organisation, par et pour les travailleurSEs du sexe, c’est-à-dire les putes (de rue, sur Internet, etc.) et plus largement les acteurs/trices porno, masseurSEs érotiques, hôtesses, dominatrices, opérateurs/trices de téléphone ou webcam rose, etc.

La notion d’autogestion est essentielle à nos yeux : depuis toujours, les réflexions sur la prostitution n’ont été portées dans l’espace public et politique que par des expertEs de toutes sortes (psychologues, sociologues, professionnelLEs de la « réinsertion »…) prétendant toujours savoir mieux que nous ce qui est bon pour nous.

Un des axes essentiels de notre lutte est ainsi de récupérer ce droit à la parole qui nous a été volé afin que nos avis soient pris en compte dans l’élaboration des lois nous concernant : nous sommes mieux placéEs que quiconque pour savoir ce qui nous est favorable.

TravailleurSEs indépendantEs

Consistant à mettre en avant des discours à la première personne, cet axe de notre lutte est commun aux revendications des usagerEs de drogues d’Asud : parce que notre choix de nous prostituer, comme celui de nous droguer, n’est pas reconnu car contraire à certains intérêts moraux, seuls deux statuts nous sont reconnus : délinquant ou victime. Selon les discours dominants (et moralistes) de notre société, la prostitution ne peut en effet constituer un choix valable. C’est pourtant celui que font des milliers de personnes, n’en déplaise à touTEs celles et ceux pour qui rien ne saurait justifier d’en « arriver là », de « tomber si bas ». Oui, la prostitution peut être un choix : un choix plutôt qu’un autre, certes, dans la mesure où c’est évidemment le besoin de gagner de l’argent qui nous y conduit. Ce même besoin qui amène quiconque à vendre ses services en échange d’un salaire lui permettant de se loger, se nourrir, se vêtir, voire de se divertir pour les plus chanceux.

Pourquoi ce choix plutôt qu’un autre ? Pour des raisons variées, mais si on devait les résumer en un mot, ce serait probablement l’indépendance parce que nous sommes une profession que l’on peut considérer comme « indépendante » : nous n’avons pas de patron ni personne pour nous imposer des horaires, tarifs, pratiques, etc. Mettant en jeu la sexualité, l’intimité, ces pratiques sont évidemment telles qu’il est primordial que le fait de se prostituer reste un choix parmi d’autres. Mais il est tout aussi primordial de reconnaître que cela PEUT être un choix, et que la prostitution n’est ni une violence ni une atteinte à la dignité « en soi », simplement parce que le sexe est en jeu. D’autant que, contrairement aux idées reçues, le rapport pute-client est loin de se résumer à un simple rapport sexuel : notre rôle s’apparente souvent à celui de confidentEs, conseillerEs, une relation entre deux êtres humains, deux adultes, qui passent un accord pour un moment donné. À vous de juger ensuite s’il est forcément plus dégradant d’être payé pour offrir un peu de plaisir à nos clients que de l’être pour mettre des familles à la rue ou dans des charters…

Un choix inacceptable

Mais peu importe les préférences de chacunE puisqu’il a été décidé que vendre des services sexuels ne pouvait constituer un choix acceptable. Tout un arsenal législatif a été mis en place pour bien nous le rappeler. Si la fermeture des maisons closes par la loi Marthe Richard en 1946 a été une bonne chose (vu les conditions de travail que l’on imposait aux prostituées dans la plupart de ces « maisons d’abattage » qui n’avaient d’autre but que de cacher ce qu’on ne saurait accepter et d’instaurer un véritable contrôle social et sanitaire sur les prostituées), l’inscription des prostituées dans les ordonnances de 1960 définissant les catégories de personnes « inadaptées sociales » (la prostitution étant considérée comme un fléau au même titre que l’alcoolisme, l’homosexualité et la tuberculose) et surtout le fait que nous soyons aujourd’hui les seules à ne pas en avoir été désinscrites soulèvent plus de questions.

Comme les lois sur le proxénétisme, défini comme « le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit, d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui ; de tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ». La loi ne faisant pas la différence entre le proxénétisme « de soutien » et « de contrainte » (l’exploitation), des prostituées elles-mêmes sont souvent condamnées pour proxénétisme uniquement parce qu’elles partagent un lieu de travail, comme une camionnette ou un appartement. Des proches, conjoints sans revenus, voire des enfants majeurs qui partagent les produits de la prostitution d’autrui et plus généralement, toute personne qui rend service à une prostituée sont donc susceptibles d’être inquiétés. On assiste ainsi depuis quelque temps à des fermetures successives de sites Internet où les escortEs peuvent déposer leurs annonces. Instaurant un véritable délit de solidarité entre les prostituées et quiconque leur apporterait une aide matérielle, la loi sur le proxénétisme acte ainsi le fait que nous ne saurions être que des victimes.

Des effets désastreux

Depuis 2003 et la loi sur la Sécurité intérieure de Nicolas Sarkozy, la pénalisation du racolage superpose donc au statut de victime celui de délinquante. Avec des conséquences désastreuses : éloignées des centres-ville pour échapper à la police, les prostituées s’en sont trouvées éloignées des structures de prévention. Plus isolées et donc plus susceptibles d’être victimes d’agressions, de racket, etc., beaucoup ont alors commencé à faire appel à des « intermédiaires », plus ou moins mal intentionnés comme on peut s’en douter, afin d’assurer leur sécurité. D’un autre point de vue, on peut y trouver des conséquences positives : pour les réseaux dont l’influence a augmenté, pour les investisseurs immobiliers qui ont intérêt à ce que les villes soient « aseptisées », pour la police qui a pu « faire du chiffre » (selon le principe on ne peut plus simple d’une infraction constatée, une prostituée arrêtée = un crime résolu) et enfin, pour les statistiques sur l’immigration (une pute sans papiers arrêtée pour racolage = une pute expulsée).

Aujourd’hui, presque dix ans après la mise en place du délit de racolage et en dépit des preuves des effets désastreux de toute politique répressive à l’égard du travail sexuel, des éluEs de tous bords surenchérissent et veulent pénaliser les clients pour les « responsabiliser » et qu’ils ne viennent plus nous voir. Mais même si la pénalisation entraînait effectivement une baisse du nombre de clients, cette baisse ne signifie rien d’autre que notre précarisation. Et pour la compenser, nous n’aurions d’autre choix que d’accepter des pratiques (non protégées par exemple) ou clients que nous aurions refusés avant. Nous serions également toujours plus obligées d’exercer notre activité dans la marginalité, l’isolement, l’insécurité qui nous poussent à recourir à des intermédiaires et autres maquereaux qui sont les premiers bénéficiaires de la répression.

Les situations de violence, d’exploitation, d’atteinte à la dignité, de prises de risques en termes de santé, d’exclusion sociale, ne découlent pas de l’acte de se droguer ou de se prostituer en soi mais des conditions dans lesquelles on le fait, à cause des politiques prohibitionnistes. Un cercle vicieux puisque parallèlement aux simples arguments moraux, la prohibition qui en découle crée les conditions déplorables dont l’existence sert ensuite à justifier cette prohibition. Putes, droguéEs, nous ne sommes pas le problème : nous faisons partie de la solution.


L’envers du décor : la nouvelle campagne de prévention de l’Etat

Sommaire

Ecrit par Fabrice PEREZ

la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT) a lancé le 13 février dernier une web-campagne intitulée « l’envers du décor ». La vidéo propose un angle de réflexion inhabituel pour une campagne de prévention de l’usage de drogues. Elle relègue au second plan les classiques arguments sanitaires et légaux pour se concentrer sur les conséquences du trafic sur la société et faire appel au civisme des consommateurs. Son slogan : Nos actes ont des conséquences, la consommation de drogue aussi. Même chez ASUD les avis sont partagés.

Pour

Une campagne réaliste qui ouvre le débat.

Serions-nous à un tournant de la politique des drogues ? La population n’est plus dupe. Rabâcher la dangerosité sanitaire et l’interdit légal comme si la consommation était déconnectée du reste de la société n’est plus crédible. La bulle « punir ou soigner » dans laquelle elle a été placée depuis 40 ans est un leurre. C’est un phénomène de société bien plus vaste, comme le montre efficacement en moins de 2 minutes la vidéo interactive.

Tout commence par une scène qui montre la banalité de la consommation de cannabis lors d’une fête privée en appartement entre jeunes gens. Ici point de punks nihilistes ou de hippies illuminés. Ce n’est pas non plus une rave, une skin party ou un bizutage. C’est une fête normale avec des gens normaux. Et fumer de l’herbe est clairement identifié comme un élément important de cette convivialité. Le clip ne suggère pas que nous sommes en présence d’un groupe d’amateurs de cannabis. Certains semblent intéressés par ce produit, d’autres non. Comme pour l’alcool chacun semble respecter les choix de l’autre.

Le film bascule ensuite littéralement dans la cuisine d’un couple dont l’appartement est situé sur le palier d’un lieu de deal. Témoins impuissants et exaspérés de la violence engendrée par ce marché noir, ils subissent la loi dictée par le caïd local qui utilise la misère de ce quartier visiblement populaire.

Tour à tour les éléments cliquables dénoncent l’exploitation des petites mains du trafic, des mineurs souvent (mules, revendeurs, guetteurs), les atteintes environnementales sur les zones de production (pollution et déforestation), sans oublier les risques sanitaires et judiciaires. Et c’est bien toute la nouveauté de cette campagne : remettre ces derniers éléments dans un contexte plus global qui interroge notre choix de société. D’un côté des consommateurs qui ne voient pas ce qu’il font de mal et de l’autre un système mafieux et ses conséquences qui prospèrent faute d’alternative officielle.

Le message aurait pu être une vulgaire injonction comme « Dis leur merde au dealers » en 1987. La portée du slogan « Nos actes ont des conséquences » ne doit pas être sous-estimée et toutes campagnes MILDT confondues c’est sans doute celui qui se rapproche le plus du mythique « Savoir plus, risquer moins » de 1999 en nous invitant à faire des choix éclairés sans nous dicter une conduite à tenir. Il va même plus loin en ne se limitant pas à l’aspect sanitaire individuel mais en y ajoutant pour la 1ère fois une dimension globale et collective.

Contre

La MILDT nous la fait à l’envers.

Dès le titre, cette campagne évoque un énième reportage alarmiste et racoleur sur fond de témoignages bouleversants obtenus en caméra cachée ou saisie sur le vif de l’émotion façon zone interdite. Le genre de vérité nue scénarisée comme il se doit pour vous révolter immédiatement sans vous laisser le temps d’analyser. Dans le communiqué de presse officiel de la MILDT cela s’appelle « une invitation à la réflexion ». Réfléchissons alors.

Les insupportables nuisances subies par les riverains des zones de deal sont indéniables. Ces dernières années les faits mis en exergue par les médias sur ce sujet, comme récemment la mobilisation des habitants de Saint-Ouen ou les règlements de compte à Marseille, sont venus nourrir le scepticisme sur l’efficacité de la guerre à la drogue. Mois après mois ces faits divers ont mis la « tolérance zéro » face à son échec et rendu audibles les critiques à son égard ainsi que les alternatives possibles. Ce constat a même abouti au dépôt en juin 2011 d’un rapport parlementaire par l’ancien ministre de l’intérieur Daniel Vaillant pour qui à présent la légalisation du cannabis est la seule voie possible pour réduire les risques liés au trafic. Y compris au niveau international, la prestigieuse Commission Mondial sur les Drogues a demandé l’an passée une réforme du système. Accusée publiquement d’avoir des conséquences douloureuses sur la société, la prohibition devait être défendue par la MILDT. Quand les réformateurs accusent la prohibition d’être responsables des méfaits du trafic, la MILDT répond que c’est en réalité la demande des consommateurs qui est le vrai coupable. Coupable de la mort des mules qui transportent la drogue encapsulée dans leur estomac. Coupable des dégâts sur l’environnement causée par les laboratoires clandestins. Coupable de l’enfer quotidien que vivent les habitants des quartiers aux mains trafiquants. L’argument est pitoyable : c’est celui qui dit qui l’est. Voilà tout l’apport qu’est capable d’apporter au débat public le coordinateur de l’action gouvernementale sur les drogues. Cette pirouette qui fait porter la responsabilité sur l’acte de consommer, permet de revenir aux fondamentaux de la guerre à la drogue : stigmatiser le consommateur source de tous les maux, ce bien pratique bouc-émissaire de l’insécurité, cet éternel fardeau pour la société. Ce à quoi nous pourrions répondre : Vos actes ont des conséquences. La prohibition des drogues aussi. Un slogan qui irait très bien avec les clips de Techno+ à l’occasion des 40 ans de la loi de 70.

Le site de la campagne

http://www.youtube.com/lenversdudecor

Le rapport Vaillant :

http://www.idpc.net/sites/default/files/library/Legalisation_controllee_du_cannabis_full_0.pdf

Réforme mondiale des drogues :

http://www.globalcommissionondrugs.org/Report

Les clip de Techno+ sur la prohibition

http://www.dailymotion.com/search/prohibition+technoplus

David Mayeux – Putain SD (concours techno+ 2011- clip sur l’addiction)


Suboxone® subi ou Subutex® choisi ?

Sommaire

Ecrit par Fabrice Olivet

Troisième médicament de substitution autorisé en France après la méthadone et le Subutex®, le Suboxone® est dans les bacs depuis le 17 janvier 2012. L’indication de ce nouveau traitement, voire son principe neurobiologique, soulève depuis longtemps des interrogations légitimes. Retour sur une molécule controversée.

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En 1999, la présentation du Suboxone® avait déjà mis la patience des militants d’Act Up à rude épreuve et provoqué le « zap » de la Commission nationale des traitements de substitution. Chaises renversées, noms d’oiseaux, montée d’adrénaline : le Suboxone® est le premier médicament de substitution – et à ma connaissance le seul – à avoir déclenché l’ire des militants antisida. Principal reproche fait à cette nouvelle molécule : être un instrument machiavélique conçu pour punir les méchants toxicomanes qui injectent le Subutex®. Et si le dossier d’accusation a un peu évolué sur la forme, il n’a pas varié sur le fond. Lors d’un vote sur l’opportunité de mettre sur le marché ce nouveau médicament, le même vice de conception est en effet rappelé quelques années plus tard par la Commission addictions. Douze années de polémiques qui contraignent aujourd’hui le laboratoire RB Pharmaceuticals (qui a repris à Schering-Plough la production du médicament) à de déchirantes révisions en matière de communication.

Un sulfureux cocktail

Comprendre le fondement de ce dossier à charge nécessite un peu de cuisine neurobiologique. Le Suboxone® est un mélange de Subutex® (Subo) et de naloxone (xone). La naloxone est un antagoniste des opiacés, c’est-à-dire un agent nettoyeur spécialement conçu pour évincer toute substance dérivée de l’opium des récepteurs cérébraux. Le reproche majeur fait à ce cocktail chimique inusité est sa finalité essentiellement coercitive. Si le médicament est consommé « normalement », par voie sublinguale, la naloxone, directement éliminée par l’appareil digestif, n’a aucun effet sur l’organisme. Mais si un chevalier de la pompe ou un adepte du sniff s’avise de marcher en dehors des clous, la sanction tombe : la naloxone se libère, occupe les récepteurs et prive instantanément le transgresseur de toute sensation opiacée.

Dans son principe même, l’ami Suboxone® révèle donc une certaine duplicité. Un processus chimique paradoxal et antinomique avec les principes habituellement appliqués par la réduction des risques. Qu’elle soit physique, psychique ou neurobiologique, la contrainte est en effet dommageable au travail de responsabilisation des usagers de drogues. La RdR a de plus pour objet d’atténuer, dans la mesure du possible, les nuisances qui cernent les usagers au quotidien. Seringues stériles, substitution, petit matériel d’injection, tout est pensé pour éliminer les risques infectieux, les « poussières », les surdoses, tout facteur de dommage dans l’environnement immédiat des consommateurs d’opiacés. Or sur ce terrain, le Suboxone® est à contre-courant. Il introduit une menace diffuse en frappant au portefeuille de leurs sensations opiacées les usagers non-conformes, les rebelles, les mal-pensants.

La foi du charpentier

Pour ne rien arranger, la communication entamée par Schering Plough dans les années 2000 ne fut pas des plus subtiles. Le Suboxone® était censé remédier à tout : plus de marché noir, plus de détournement. Cette foi du charpentier dans les pouvoirs rédempteurs de la chimie sur le cerveau n’a fait qu’inquiéter la majorité des acteurs de santé publique. Malgré une certaine méfiance liminaire, Asud, qui prétend défendre tous les patients (les bons comme les mauvais), reconnaît aujourd’hui les mérites de la buprénorphine. Cette molécule représente un outil efficace pour instaurer un lien durable entre les usagers et le système de soins. Va-t-on courir le risque de saper les fondements d’un système qui a fait en quinze ans la preuve de son succès ? Que sait-on exactement des conséquences à long terme du remplacement du Subutex® par le Suboxone® ?

Apparemment conscient de l’image sulfureuse du slogan « médicament antishoot », RB Pharmaceuticals se défend de vouloir l’imposer à tous les patients mais recommande en même temps aux prescripteurs de le proposer systématiquement lors des nouvelles inclusions. Dans une dépêche du 17 janvier, l’Agence de Presse Médicale rapporte les propos du directeur médical du laboratoire : « Dans les pays qui disposent des deux spécialités, Subutex® et Suboxone® sont utilisés à parité après trois à quatre ans. » Compte-tenu du succès de la buprénorphine dans notre pays, la proportion de patients français qui devraient sur cette base progressivement intégrer le Suboxone® risque d’être significative1.

Le syndrome de la chauve-souris

S’il n’est pas question de nier le douloureux problème de l’injection de buprénorphine, avec son lot d’abcès, phlébites et autres nécroses des veines, qui constitue une préoccupation majeure de santé publique, nos doutes portent sur l’efficacité de la solution proposée. Des études australiennes et finlandaises confirment que, comme son frère aîné Subutex®, le Suboxone® finit par intégrer le panel des drogues proposées au marché parallèle.

L’introduction de naloxone dans un cachet susceptible d’être un jour consommé pour se défoncer représente donc un danger objectif supplémentaire pour les injecteurs d’opiacés. D’autres groupes d’autosupport évoquent ainsi de nombreux cas d’usagers injectant le Suboxone® dans des conditions tout aussi déplorables, voire encore plus dommageables en raison de la nécessité de multiplier les injections pour que la buprénorphine finisse par déloger la naloxone. Et de nombreux sites Internet ou forums d’usagers s’intéressent déjà au Suboxone® en tant que drogue de rue : comment l’injecter proprement, comment éviter l’effet naloxone ? Un forum américain2 s’étonne même du succès rencontré par l’injection de Suboxone® chez les « rehab », les anciens junkies sortis de cure.

Avec ses ailes de dragon et son corps de rat, la chauve-souris a longtemps laissé perplexes les zoologistes : s’agit-il d’un rongeur ou d’un volatile ? En véritable ornithorynque de la substitution, le Suboxone® s’avance vers un destin indéchiffrable, la gageure étant de vouloir bâtir une alliance thérapeutique grâce à la naloxone, une substance qui est le cauchemar du consommateur d’opiacés3.

Pour les ultra-motivés

Certes, la grande majorité des utilisateurs de Subutex® n’injectent ni ne sniffent leur prescription. Mais, lors d’une nouvelle inclusion, est-on certain qu’ils ne le feront jamais et s’ils le font, quelles seront les conséquences à long terme de les avoir dirigés vers le Suboxone® ? L’utilisation d’un antagoniste pur des opiacés pour renforcer les motivations des candidats au sevrage existe déjà avec la prescription de Revia®, un médicament contenant de la naltrexone, une molécule cousine de la naloxone. Selon les informations collectées sur ce traitement, seuls les candidats à l’abstinence ultra-motivés profitent du soutien anti-opiacé procuré par le gendarme chimique contenu dans le Revia®. Un traitement qui n’a en fait jamais réellement convaincu la masse des candidats à l’abstinence car la contrainte chimique ne peut tenir lieu de déterminant pour transformer tout ce qui a constitué l’univers mental et la sensibilité d’un usager durant de longues années.

Certes, quelques individus, résolus à ne plus injecter leur prescription de buprénorphine pourront peut-être trouver dans le changement de molécule un support psychologique supplémentaire, propre à renforcer leur motivation. Mais au nom de ces quelques bénéficiaires putatifs, on risque de toucher à l’équilibre, toujours délicat, d’un mécanisme qui fait tous les jours la preuve de son succès auprès de la grande majorité des patients.

Subutex® choisi ou Suboxone® subi ? Telle est la question. La balle est dans le camp des prescripteurs et dans celui des responsables de la communication qui sera faite sur ce sujet toujours perméable à la rumeur, au fantasme et à la maladie de la persécution, que l’on soit drogué, patient ou professionnel du soin.

    1. ^ -Soit la moitié des 130 000 patients traités à la buprénorphine !
    1. ^ -http://forum.opiophile.org/showthread.php?8161-Just-Doo-Ittt.
  1. -En général les usagers de drogues découvrent les effets « particuliers » de cette molécule en salle de réveil après une overdose.

[Télérama] Ecran de fumette sur le joint

Télérama, le 23 mars 2012

Dépénaliser ou pas l’usage du cannabis ? Malgré les rapports favorables, les propositions inventives, les politiques font l’autruche depuis 1970. Quant aux candidats de 2012, ils n’osent carrément pas y toucher.

« Fumer un joint chez soi est certainement moins dangereux que boire de l’alcool avant de conduire. » Ainsi parlait le Premier ministre candidat à la présidentielle… en mars 2002. Avec cette déclaration, Lionel Jospin avait fait tousser, à droite comme à gauche, mais au moins avait-il provoqué un débat. Pourquoi la campagne 2012 ignore-t-elle la question explosive de la dangerosité et du statut légal des drogues ? Ce débat est-il voué à l’impasse ?

La controverse est pourtant presque aussi ancienne que la loi française sur la drogue, qui date du 31 décembre 1970 et punit sans distinction usage et trafic de toute substance illicite. Héroïne, cocaïne, cannabis, crack, ecstasy, amphétamines… même combat : c’est mal, c’est dangereux, c’est interdit. Très vite, des voix se sont élevées contre cet amalgame : dès 1976, intellectuels, cinéastes, médecins (dont Bernard Kouchner) demandaient la dépénalisation du cannabis dans l’« Appel du 18 joint », publié dans le journal Libération.

Quarante ans plus tard, la contestation reste vivace, d’autant que le contexte a changé. Dans la période post-soixante-huitarde, la montée de l’héroïne et les premières morts par overdose motivaient l’élaboration d’une loi très répressive. Marginale à l’époque, c’est la consommation de cannabis qui a incroyablement progressé, dans tous les milieux de la société française (voir ci-contre). Le trafic explose dans certaines banlieues, et avec lui l’économie parallèle, les règlements de compte, la criminalité. Les forces de l’ordre s’épuisent à arrêter, à mettre en garde à vue de simples usagers (rarement incarcérés). Les prisons sont pleines de petits trafiquants.

La question a failli refaire surface lors des primaires socialistes, notamment à la suite d’un rapport du député PS Daniel Vaillant, publié en juin 2011, préconisant une « légalisation contrôlée du cannabis » : dépénalisation de la consommation, création d’une production d’Etat, sanction ciblée des conduites à risque (la fumette des mineurs, en public, sur la route…) Mais personne n’a rebondi. Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et Manuel Valls se sont même vigoureusement opposés à cette légalisation, tandis que Martine Aubry et François Hollande ont éludé. Pourtant, Daniel Vaillant assure avoir reçu de ses amis socialistes des réactions chaleureuses. En privé. Officiellement, silence embarrassé. « Le Parti socialiste n’est pas clair, il reste dans l’excès de prudence et la trouille de l’opinion », déplore l’ancien ministre – qui ne s’est pas montré si frondeur lorsqu’il était à l’Intérieur, de 2000 à 2002. « François Hollande m’a demandé de lui expliquer, j’ai envoyé une note à ses équipes avec des éléments de langage au cas où la question surgisse. Pas de réponse. »

Le PS comate – Télérama n’a pas reçu plus de réponse -, tandis que l’UMP hallucine, comme son secrétaire national à la sécurité, Bruno Beschizza : « La légalisation ferait de nos enfants des toxicos, dépendants de dealers qui sont des marchands de mort ! La seule réponse qui vaille est pénale. En ce domaine, je ne crois pas à l’éducation mais à l’interdit, protecteur de la société et de l’individu. Même le premier usage doit être pénalisé, pour la force du symbole. » Fermez le ban. Ni hystérique ni amorphe, Eva Joly, elle, juge au contraire ce débat « indispensable » car « notre législation sur les drogues est un échec flagrant ». Favorable à la « dépénalisation de la consommation des majeurs, de la détention et du transport d’une quantité limitée et de la production individuelle et collective à but non lucratif », elle rappelle que « les écologistes réclament un changement de réglementation depuis des décennies ».

Votée en 1970 (un soir de réveillon, on imagine l’affluence !), la loi est dépassée. Mais vouloir y toucher, c’est comme allumer la lumière dans un poulailler assoupi : la cacophonie est aussi brutale qu’insupportable. « C’était l’hystérie », se souvient le professeur Roger Henrion, auteur en 1995 d’un rapport proposant de dépénaliser l’usage et la détention de faibles quantités de cannabis. « Nous avons été reçus au ministère de la Santé dans un tel concert de hurlements qu’il a fallu interrompre. On nous traitait tantôt de dangereux gauchistes permissifs, tantôt de réactionnaires trop timorés ! La présidentielle approchait, nos travaux ont disparu dans un tiroir. »

Chaque enjeu électoral, chaque alternance réduit à néant le travail de pédagogie, d’enquête, de propositions laborieusement accompli. La peur de déplaire à l’opinion paralyse les politiques. A la tête de la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) sous le gouvernement Jospin, de 1998 à 2002, la magistrate Nicole Maestracci a testé le caractère hautement inflammable du sujet. « J’ai essayé de sortir du passionnel, de ne m’appuyer que sur des données scientifiquement validées, se souvient-elle. On m’a reproché de banaliser le cannabis, par exemple, quand j’ai osé écrire "il n’y a pas de société sans drogue", ou quand la Mildt a édité un livre informatif et pas seulement alarmiste sur les dangers de la drogue, Savoir plus, risquer moins. En quatre jours, le livre était en rupture de stock ! » Ecartée à l’arrivée de Jean-Pierre Raffarin à Matignon en 2002, Nicole Maestracci juge la classe politique plus timorée que l’opinion. « Les dirigeants connaissent mal les pratiques et les évolutions de la société, ils imaginent que les Français réclament un débat clivé et des injonctions de comportement, qu’ils ne sont pas prêts pour une vision nuancée. » De droite ou de gauche, des gouvernements pusillanimes ont ainsi tenté d’empêcher la Mildt de qualifier, dans un rapport, le tabac et, surtout, l’alcool de « drogues licites » ; ils ont aussi freiné la publication d’une étude de l’OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies) sur les accidents mortels de la route, qui montrait que, même si toutes les drogues sont dangereuses, le cannabis l’est nettement moins que l’alcool.

L’avocat et professeur de droit Francis Caballero, qui prône la légalisation depuis trente ans, s’est heurté lui aussi à la timidité des responsables politiques sur le sujet : « La gauche ne m’a jamais suivi, elle a pris peur. Par contre, la politique de réduction des risques pour les usagers a mobilisé des énergies qui transcendaient les partis. » Deux femmes ministres, de droite, ont, avec pugnacité et au prix de violentes polémiques, révolutionné la prise en charge des toxicomanes : Michèle Barzach (dans le gouvernement Chirac) en faisant distribuer les seringues en pharmacie, en 1987 ; et Simone Veil (dans l’équipe Balladur) en instaurant, en 1995, la substitution à la méthadone et au Subutex. La dernière initiative, venue en 2010 de Roselyne Bachelot, qui voulait tester des salles d’injection hygiéniques et sécurisées, a buté sur le refus du Premier ministre, François Fillon. Francis Caballero – également spécialiste du droit du sexe - avance un parallèle : « La drogue, c’est comme la prostitution. Nos responsables rêvent de les abolir, au lieu de réfléchir à la nécessité de faire avec. »

Qu’est-ce qui meut une femme ou un homme politique ? L’amour de son prochain et l’intérêt général, bien sûr, mais aussi l’espoir d’un gain électoral. Pour initier et défendre un changement d’importance, il lui faut ce que le sociologue Henri Bergeron nomme une « incitation forte à l’action. Ce peut être une pression internationale, l’action de lobbys ou de l’opinion publique. Rien de tout cela n’existe en l’occurrence. La France n’abrite aucun mouvement social d’envergure concernant la drogue, comme celui pour les droits de la femme ou contre la peine de mort ».

Le débat piétine. Alors, autant rêver. Daniel Vaillant plane peut-être quand il imagine une filière de « mille cinq cents cannabiculteurs officiels, encadrés par l’Etat, qui produiraient bio », des joints vendus dans des commerces agréés, à taux contrôlé de 8 % de THC (tétrahydrocannabinol, la molécule psychotrope qu’il contient). Mais il n’est pas le seul. Stéphane Gatignon, maire (EELV) de Sevran (Seine-Saint-Denis), commune gangrenée par le trafic de stupéfiants, avance les mêmes propositions dans Pour en finir avec les dealers, écrit avec l’ancien policier Serge Supersac. « Notre société admet l’alcool par tradition, du vin de messe au rouge du bistrot à la sortie de l’usine, remarque Stéphane Gatignon. Cessons l’hypocrisie sur le cannabis : il est consommé en masse, l’argent de sa vente échappe à tout contrôle, nous sommes dans un système prémafieux. A la sortie de notre livre, tout le monde nous a allumés, de la gauche radicale à la droite, en passant par le PS. Le rapport Vaillant nous a crédibilisés. » D’un strict point de vue financier, l’économiste Pierre Kopp (1) estime, lui, que la taxation du cannabis sur le modèle de celle du tabac rapporterait un milliard d’euros au fisc. De quoi financer une prévention ciblée et efficace…

Etrangement, toutes ces propositions ne rencontrent guère d’écho. Aucun député ne rédige une proposition de loi, aucun candidat ne semble hisser le sujet au premier rang de la campagne. Le poulailler s’est rendormi, plongé dans l’obscurité et le silence. Jusqu’au prochain téméraire qui osera allumer la lumière.

Illustrations Stéphane Trapier pour Télérama

 

(1) Dans Le Monde du 2 août 2011.

 

A lire

Legalize it !,

de Francis Caballero, éd. L’Esprit frappeur, mars 2012.

Pour en finir avec les dealers,

de Stéphane Gatignon et Serge Supersac, éd. Grasset, 2011.

Drogues : pourquoi la légalisation est inévitable,

de Michel Henry, éd. Denoël, 2011.

Drogues store : dictionnaire rock, historique et politique des drogues

d’Arnaud Aubron, éd. Don Quichotte, mars 2012.
Assez stupéfiant

13 millions de Français ont déjà fumé

du cannabis ; 1,5 million ont déjà pris de la cocaïne, 500 000 de l’héroïne.

3,8 millions ont pris du cannabis dans l’année, 400 000 de la cocaïne.

550 000 fument du cannabis chaque jour.

70 % des Français sont opposés à sa légalisation.

 

Chiffres : OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies), 2010.

Juliette Bénabent

Télérama n° 3245
Le 23 mars 2012    –    Mis à jour le 23 mars 2012 à 11h24

[Caux] Un cannabiculteur emmerdé, un de plus!

Et encore un ! Encore un cannabiculteur volé par les gendarmes ! Cette fois c’est à Caux, que la brigade de Pézenas est intervenue, comme d’ailleurs l’année dernière où la presse s’était empressée de présenter les deux cannabiculteurs d’alors comme des gros méchants ; pourtant la juste vérité est toute autre… La faute en revient à des lois stupides, interdisant des plantes naturelles, et poussant les jardiniers vers des méthodes plus traditionnelles pour se fournir en cannabis : le deal de rue. Faut croire que ça arrangeait pas quelqu’un que l’argent de ces adeptes de l’auto-production n’aille plus dans les poches de mafieux barons de la drogue…

A Caux donc, un homme de 50 ans, suite à des plaintes obscures de ses voisins, a été visité par les militaires en bleu, le 9 octobre 2011. Cet homme avait du matériel spécial pousse en intérieur, et produisait pour sa consommation, du cannabis.

Ça ne fait de mal à personne, il n’y a aucune victime, mais c’est interdit. Un peu comme le fait de faire soi-même pousser son propre tabac, c’est interdit car l’auto-producteur n’est plus dépendant de l’état pour se fournir en cigarettes, en tabac, c’est donc un manque à gagner alors on interdit. Ici c’est à peu près du même tonneau. Les raisons de cette interdictions ne tiennent plus puisque tous les jours, sont démontrés les bienfaits du cannabis, mais ça reste interdit, et tant que personne ne se décidera à rattraper les 40 années de mensonges et diabolisation à propos de ce produit, les esprits de nombreux citoyens resteront fermés, resteront bloqués sur ce qu’on leur a toujours répété depuis 1970 (et avant) : fumer c’est mal… Ca attaque le cerveau (FAUX), ça tue par overdose (FAUX), ça rend accro (FAUX), ça rend schizo (FAUX), etc, etc… les arguments mensongers n’ont pas manqués. Ce qui est vraiment triste c’est que des millions de personnes ont été éduqués comme ça, par de la propagande mensongère, par des affirmations non prouvées qui s’avèrent par la suite être totalement fausses lorsque les recherches aboutissent. Ce qui est vraiment triste c’est que sous les traces de ces années de politique de la peur, les cicatrices restent et resteront toujours ; on voit ainsi des parents qui s’effondrent littéralement quand ils voient leurs rejetons fumer des joints, pensant que c’est très très grave alors qu’il n’en est rien.

L’homme dont l’article de presse (Midi-Libre) parle est convoqué le 24 janvier prochain (2012). Il sera jugé pour avoir produit de l’herbe. Non content d’avoir détruit sa récolte, volé son matériel de pousse (là j’imagine car l’article ne le dit pas, mais c’est généralement comme ça que ça se passe surtout quand le matériel est neuf ou en très bon état), il sera en plus jugé pour avoir simplement enfreint une loi obsolète, inutile, injuste et basée sur des mensonges, une loi qui a été le point de départ et la raison d’une guerre que même l’ONU annonce comme perdue, avec comme directives de changer de politique (1). On espère qu’il sera relaxé, sans trop d’espoir, puisque les juges généralement ne se tiennent pas trop au courant de l’actualité, et que les procureurs et avocats se font les défenseurs de cette loi dont je parle ci-dessus, la loi de 1970 sur les stupéfiants.

Il n’est pas tout seul, et je tiens personnellement à faire remarquer qu’on est des milliers à être touché par l’injustice dont il est victime. Il n’est pas tout seul et on est des milliers à enfreindre cette loi consciemment, à pratiquer la désobéissance civile pour des raisons politiques. Il n’est pas tout seul et nous sommes des milliers à désirer auto-produire notre cannabis, pour enrayer le deal, les prix prohibitifs pratiqués par des dealers sans trop de scrupules pour beaucoup, pour sortir de cette logique d’offre et de demande commerciale pour un produit qui de toutes façons continuera à exister et à se vendre, sous le manteau tant que l’état n’aura pas décidé de prendre le taureau par les cornes, tant que les pouvoirs publics continueront à taper dans le répressif pour un produit, je le répète, inoffensif.

Où est le crime quand on plante une graine dans la terre, quand une plante pousse tout à fait naturellement grâce au soleil (réel ou factice pour les lampes) et à l’eau ? Où est le crime quand des personnes choisissent de se détendre ainsi plutôt qu’en utilisant d’autres méthodes, légales, mais nuisibles pour la santé et qui plus est qui enrichissent des laboratoires pharmaceutiques ? Qui sont-ils pour décider à notre place de ce qui est bon ou mauvais pour nous ? Qui sont-ils pour obliger des personnes à prendre des opiacés plutôt que du cannabis pour soulager leurs douleurs ? Réponse : des autorités qui sous couvert de bonnes intentions dont l’enfer est pavé, dépensent l’argent du contribuable pour faire du chiffre avec des cannabiculteurs ou des simples consommateurs de shit, au lieu de se pencher sur les véritables ennemis du peuple, les gros poissons.

Le discours reste le même. Défendons nos droits de consommer ce qu’on veut. Participons à la restitution de la place de cette plante, le cannabis. Une plante aux mille vertus, dont celle de détendre, de calmer, de rendre l’appétit et de faire dormir (entre autres), sans aucune autre dépendance que psychologique et légère. Souvent d’ailleurs qui n’est que le prétexte à flémarder et à se laisser aller dans une période où la personne a souvent vraiment besoin de quelque chose derrière quoi se cacher afin de ne pas voir la réalité.

Fight for your rights.

(1) La Commission Globale sur les Politiques des Drogues (anglais)