Archives de Catégorie: Ecstasy

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[DroguesNews] Au Canada, c’est l’ecstasy que l’on pense à légaliser (A. Aubron)

DroguesNews (les Inrocks) le 14 juin 2012 – par A. Aubron

Alors que le débat fait rage en France sur la légalisation du cannabis, on s’interroge au Canada sur la légalisation de l’ecstasy. Le médecin-chef de Colombie-Britannique, le docteur Perry Kendall, a ainsi déclaré ce jeudi que la consommation de MDMA (le nom scientifique de l’ecstasy) pouvait être sans danger à condition d’être modérée et d’être sûr de la composition des pilules, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui à cause de la prohibition et du marché noir qu’elle engendre:

« Si vous saviez ce qu’est une dose sécuritaire, vous pourriez acheter de l’ecstasy comme vous achetez de l’alcool dans un comptoir de société d’État.

Nous acceptons le fait que l’alcool, qui est intrinsèquement dangereux, est un produit que quiconque peut utiliser passé un certain âge. Donc, je ne crois pas que la question est technique, sur le comment de la chose. La question en est une de politique, de perception. »

Pour ce médecin, les risques associés à l’ecstasy ont été largement exagérés. Ainsi le risque mortel ne surviendrait selon lui que lorsque des produits de coupe sont ajoutés à la MDMA. D’où son avertissement de ne pas consommer d’ecstasy acheté au marché noir:

« À moins que vous ne vous la procuriez auprès d’un psychiatre dans un essai clinique autorisé, vous ne pouvez pas, en ce moment, être certain de ce qui se trouve à l’intérieur, de la quantité ou de sa sûreté. Alors, je dirais comme je l’ai fait auparavant : n’en prenez pas. »

Le médecin s’est toutefois défendu, dans une deuxième interview, d’avoir lui-même défendu l’usage récréatif de cette drogue ou prôné la légalisation, se contentant de pointer l’innocuité de cette drogue et de discuter sur de possibles évolutions législatives…

Au début des années 2000, la publication dans la très sérieuse revue Science des travaux du Pr américain George Ricaurte sur l’ecstasy avait créé une vague de panique. Financé par les autorités fédérales, le chercheur affirmait qu’une seule prise de MDMA entrainait des risques de développer la maladie de Parkinson. Ces résultats entraient en contradiction avec tous les travaux de l’époque mais avaient été très largement relayés par la presse du monde entier.

Un an plus tard, le professeur avait toutefois dû faire machine arrière… et admettre que les singes sur lesquels il avait mené ses expériences n’avaient pas pris de la MDMA mais de la méthamphétamine, une drogue bien plus puissante. L’erreur serait née de la livraison concomitante des deux produits au laboratoire du Professeur Ricaurte.

[Le Point] Les militaires, drogués comme des cyclistes ?

Le Point.fr, le 29 février 2012 (merci à Raph)

Les armées s’inquiètent de pratiques dopantes non seulement de la part des soldats eux-mêmes, mais aussi du commandement.

Photo d'illustration. © David Ademas / Maxppp

Les militaires seraient-ils plus dopés que les vainqueurs du Tour de France ? Se bourreraient-ils les narines avec ardeur, protégés par une forme de non-dit ? C’est que… Avec mille précautions de langage et en maniant avec insistance le sous-entendu, la revue de recherche de l’armée de terre Inflexions aborde ce sujet tabou dans sa dernière livraison (*), sous le titre "Dopage et conduites dopantes". Les auteurs expliquent curieusement que ce n’est pas vraiment l’institution qui se pose des questions, mais que "beaucoup d’observateurs extérieurs à la défense considèrent comme fréquente l’utilisation de substances dopantes au sein des armées".

Sauf que si les militaires se dopaient, assure l’article, ce ne serait pas pour améliorer des performances sportives, mais pour une meilleure cause : "Les objectifs seraient similaires [à ceux des sportifs] – être plus performant que l’adversaire -, mais à atteindre dans un contexte bien différent, celui de la guerre et du combat." Et de développer cette idée d’une forme de dopage sans doute pas nécessaire, mais pas vraiment inutile non plus : "En temps de conflit, ou dans le contexte de déploiement sur des théâtres d’opérations de haute dangerosité, les questions posées sont plus complexes. L’automédication et l’utilisation de substances dopantes ayant pour but d’améliorer les performances physiques, en particulier musculaires, mentales, ou de maintenir l’éveil et un état de parfaite vigilance, permettent, si le dopage est adapté, de rendre le militaire plus efficace à son poste de combat."

Drogués pour la bonne cause ?

De fait, les militaires peuvent se doper illégalement en se procurant eux-mêmes de l’herbe qui fait rire ou des substances qui font rêver. Pour ne citer que l’exemple du Liban, on sait que l’herbe y est fameuse. Et en Afghanistan, premier producteur d’opium au monde, le commerce n’est pas impossible avec les plus de 100 000 militaires étrangers… Mais les armées elles-mêmes administrent aux combattants diverses médications susceptibles de mieux voir la nuit, de leur faire perdre le besoin de sommeil, ou au contraire de les endormir sur commande, aux heures choisies. Cette réalité est d’ailleurs reconnue, à tel point qu’un texte officiel, l’instruction N° 744/DEF/DCSSA/AST/TEC relative à l’utilisation de substances modifiant la vigilance en opérations, en définit le cadre !

Justifier la prise de substances dopantes

Les militaires édictent dans ce texte leurs ascensions des Alpes et on voit ici que cette définition est très large. "Les types d’opérations militaires pouvant justifier la prise éventuelle de substances qui agissent sur le niveau de vigilance des combattants sont les opérations dites soutenues et les opérations dites continues. Les premières se traduisent par une activité militaire quasi ininterrompue ne permettant aucun sommeil réparateur ; les secondes concernent une activité militaire de plus longue durée n’autorisant qu’une récupération partielle (par exemple : un sommeil diurne, de courte durée et fractionné). À titre d’exemples, on peut citer le fonctionnement 24 heures sur 24 des centres opérationnels pour l’armée de terre, la continuité entre le poste de veille et le poste de combat pour la marine, la mission nucléaire ou le travail au sol en ambiance nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique (NRBC) avec des tenues de protection pour l’armée de l’air". Mais attention, ce n’est pas du dopage. C’est de l’"aide de type pharmaceutique modifiant la vigilance". Nuance…

Gavés de protéines hormonées

Les trois auteurs de l’article – les médecins militaires André-Xavier Bigard et Alexandra Malgoyre et le capitaine Hervé Sanchez – lancent par ailleurs un véritable cri d’alarme sur l’automédication de certains militaires qui se gaveraient de compléments alimentaires (protéines hormonées) utilisés par les culturistes. Ils soulignent par ailleurs l’intérêt de la démarche lancée par les armées pour rationaliser les programmes de préparation physique au combat afin de "rendre inutile la consommation de produits et de substances supposés dopants". Voilà une bonne idée. Car par les temps qui courent, que diront les armées si un militaire dopé sur ordre et dont la santé se serait dégradée les poursuivait devant la justice ?

(*) "Le sport et la guerre", Inflexions n° 19, La documentation française, 12,00 €, ISSN : 1772-3760

Jean Guisnel

Drogue : Idées fausses sur la défonce ? de Jean-Marie Habar

De Jean-Marie Habar, sur CareVox

Le « toxicomane » souffre, dans le grand public et parfois aussi dans le milieu médical, d’une image déplorable. Considéré avec mépris et crainte, il est souvent laissé pour compte et parfois confronté au refus de prise en charge, même par certains professionnels de santé.

Cette image est d’autant plus difficile à combattre que ces personnes peuvent parfois présenter des comportements asociaux, voire délictueux.

Ces troubles sont d’autant plus mal ressentis, qu’ils touchent fréquemment des jeunes, en opposition avec les règles sociales des adultes.

De ce fait, les réponses de la société ont oscillé entre une attitude répressive et une autre plus éducative, avec des résultats souvent irréguliers.

Cependant certains professionnels, sur des arguments cliniques et biologiques, portaient sur ce phénomène un regard différend.

Des recherches et des publications récentes, entamées en particulier par une équipe bordelaise, confirment le bien fondé d’un regard plus médical et moins répressif sur le phénomène.

Tout d’abord de quoi parle-on ?

Classiquement on entend par toxicomane, toute personne présentant une dépendance physique et psychologique à une ou plusieurs substances toxiques, sans justification thérapeutique.

Plus précisément l’OMS retient comme caractéristiques de la toxicomanie :

Une envie irrépressible de consommer un produit, ce qui caractérise l’addiction.

La nécessité d’augmenter les doses du produit, pour obtenir des effets similaires, ce qui correspond à la tolérance.

Enfin, évidemment, la dépendance psychologique et parfois physique aux produits utilisés.

Pendant de nombreuses années, la prescription de médicaments, pour soulager les « drogués », a été très critiquée, car suspectée de pérenniser la toxicomanie.

Il a fallu qu’apparaisse l’épidémie de SIDA, pour que la prescription d’un traitement médicamenteux dit, de substitution, soit enfin tolérée et même recommandée.

L’évolution des idées thérapeutiques ne visait pas tant à aider le toxicomane, qu’à combattre la transmission du VIH et des virus des hépatites B et C, par voie injectable.

De même la légalisation de l’usage et la mise à disposition de seringues à usage unique, pour les individus « injecteurs », faisait partie des moyens recommandés pour freiner l’épidémie, au même titre même que l’usage généralisé des préservatifs dans les rapports sexuels.

Ces mesures s’accompagnaient implicitement d’une stigmatisation des personnes étiquetées, comme membres d’un « groupe », qu’ils soient toxicomanes ou homosexuels, jugé responsables de l’épidémie.

De telles idées sont non seulement nauséabondes, mais dangereuses d’un point de vue conceptuel.

En effet, elles rassurent ceux qui n’appartiennent pas à ces groupes et se croient de ce fait à l’abri de tout risque de contamination.

Or le danger ne résulte pas de l’appartenance à groupe social « déviant », mais d’une pratique individuelle à risque.

De plus, les conséquences infectieuses spectaculaires à cause de l’usage de drogues injectables, en particulier l’héroïne, avait fait oublier quelque peu l’existence d’autres addictions.

Or ces dernières sont nombreuses.

Elles font appel à des produits d’usage illicite comme la cocaïne, l’ecstasy, le cannabis, etc. Mais aussi à l’usage de produits licites, bien que parfaitement addictogènes comme le tabac, l’alcool et un certain nombre de médicaments, tranquillisants par exemple.

Quoi qu’il en soit, la toxicomanie était généralement considérée comme un vice et non comme une maladie réelle.

Des arguments cliniques et épidémiologiques avaient cependant convaincu un certain nombre de professionnels que la toxicomanie ne relevait pas uniquement d’une approche psychosociale mais aussi médicale.

A une époque ou la toxicomanie était très généralement considérée comme un délit conduisant à la prison ou à des troubles psychiatriques majeurs, nous avions été amenés à relativiser quelque peu ces certitudes.

Par exemple, il y a une vingtaine d’années, chez les patients pris en charge par l’association « trait d’Union », nous avions pu constater que, près de 50% de nos patients, avant de consommer des drogues avaient présenté à un moment ou un autre des troubles psychiatriques, en particulier anxio-dépressifs et avaient été traités par des médicaments antidépresseurs ou anxiolytiques.

On pouvait aussi constater que près de la moitié des patients ayant fait l’objet d’incarcération, l’avaient été pour des raisons indépendantes de l’usage de drogues et n’avaient commencé leur consommation régulière qu’après un séjour en prison.

Ces faits nous laissaient supposer que le primum movens de la toxicomanie, ne relevait pas uniquement d’une attitude sociale déviante mais pouvait être l’expression d’une fragilité sous-jacente.

Des études récentes, ( Dr Pier-Vincenzo Piazza, : Inserm, Université Bordeaux 2) vont dans ce sens, en identifiant deux phénotypes spécifiques de vulnérabilité à la toxicomanie.

L’un d’eux a été identifié dès 1889, chez l’animal.

Il a démontré que certains individus, ayant un système dopaminergique hypertrophique, sont plus exposés à une consommation régulière de drogues.

Un second phénotype a été identifié en 2011.

Ces patients souffrent d’une perte de la plasticité synaptique.

L’incapacité à inhiber des connexions synaptiques d’un circuit neuronal spécifique, via des récepteurs au glutamate de type NMDA rend les personnes incapables d’arrêter ou de contrôler la consommation de drogues.

La vie du patient s’organise alors entièrement autour de son addiction, entraînant des problèmes familiaux, professionnels et souvent une marginalisation.

Si l’on ajoute à cela que l’hyperéactivité dopaminergique est une conséquence du stress chronique, il devient évident que :

« Les toxicomanes ont une vraie pathologie du cerveau liée à une vulnérabilité biologique… »

Ces données devraient amener à une relecture de la pathologie du toxicomane.

Une meilleure compréhension des mécanismes en jeu, devrait nous permettre de mieux dépister les personnes vulnérables, d’améliorer la prévention ainsi que la prise en charge.

C’est à cet exercice que nous tenterons de nous livrer, très modestement.

JMH

Note de l’auteur (que j’ai contacté par email) ne faisant pas partie du papier original : « Ce que j’écris et écrirai dans l’avenir sur ce sujet, ne sont que l’expression d’une réflexion personnelle qui cherche à clarifier les idées et si possible à ouvrir de nouveaux développements. »

Ça tombe bien, chez nous on est à fond dans cette optique! Merci Jean-Marie :)

[AFP] 200 millions d’usagers de drogues illégales dans le monde

Source, le 6 janvier 2012

AFP - 6 janvier 2012 - 200 millions d'UD dans le monde

PARIS – Quelque 200 millions de personnes font usage de drogues illégales dans le monde, soit une personne sur 20 entre 15 et 64 ans, selon une estimation publiée vendredi par la revue médicale The Lancet.

Cette étude australienne a estimé entre 149 et 271 millions le nombre d’usagers de drogues illégales en 2009.

Elle a estimé entre 125 et 203 millions le nombre de consommateurs de cannabis, entre 14 et 56 millions les consommateurs d’amphétamines, entre 14 et 21 millions les usagers de cocaïne et entre 12 et 21 millions les usagers d’opioïdes (héroïne et morphine).

Les auteurs de l’étude soulignent que le cannabis cause très peu de décès (ni overdose, ni infections transmissibles par le sang), même s’il peut occasionner des morts accidentelles. "Les principaux effets néfastes du cannabis sont la dépendance et probablement des troubles psychotiques ou autres troubles mentaux"[2], affirment-ils.

Les dernières données disponibles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suggèrent que 250.000 décès ont été imputables en 2004 à l’usage de drogues illicites, contre 2,25 millions pour l’alcool et 5,1 millions pour le tabac.

L’ecstasy, le LSD et l’utilisation abusive de médicaments et les stéroïdes anabolisants n’ont pas été inclus dans l’étude.

1 Sur le site du Lancet (en anglais)

© 2012 AFP

[2] Note personnelle – cette note n’était bien sûr pas dans l’article original et ne reflète que l’avis du webmaster qui archive ces articles : ça reste à prouver. Cynoque

Cancers/sang: des chercheurs anglais travaillent sur un dérivé de l’ecstasy

Romandie, 19 août 2011

LONDRES – Des chercheurs de l’université anglaise de Birmingham ont découvert une forme modifiée de l’ecstasy (MDMA), 100 fois plus efficace pour détruire les cellules cancéreuses que la drogue elle-même, ouvrant la voie à une possible application thérapeutique.

Les chercheurs sont partis de recherches menées il y a six ans montrant que la moitié des cancers des cellules sanguines examinées en laboratoire réagissaient aux propriétés des psychotropes ayant pour effet de supprimer leur croissance.

Les psychotropes, qui agissent principalement sur l’état du système nerveux central, comprennent aussi bien des dérivés d’amphétamines tels que l’ecstasy, des antidépresseurs comme le Prozac ou des substances amaigrissantes.

A l’époque, l’équipe de l’université de Birmingham avait souligné la difficulté de traduire ces résultats initiaux en médicaments, car la dose d’ecstasy nécessaire pour traiter une tumeur aurait été fatale pour le malade.

Des travaux menés avec des collègues australiens (University of Western Australia) ont permis d’identifier des formes beaucoup plus efficaces à moindre dose.

L’étude publiée en ligne vendredi dans Investigational News Drugs montre que ces formes modifiées d’ecstasy étaient capables d’attaquer et de détruire les cellules cancéreuses avec une efficacité cent fois supérieure.

Ces résultats préliminaires ouvrent la voie à des utilisations potentielles pour les traitements de cancers tels que les leucémies, lymphomes et myélomes.

Nous ne voulons pas donner de faux espoirs aux gens, mais les résultats de notre recherche offrent un potentiel pour améliorer les traitements dans les années qui viennent, a indiqué le professeur John Gordon, dans un communiqué publié par l’université de Birmingham.

L’équipe espère progresser vers des études pré-cliniques, précise le communiqué.

Le docteur David Grant, dont l’association Leukaemia and Lymphoma Research, a contribué au financement des travaux, estime qu’il s’agit d’un pas significatif vers le développement d’un nouveau traitement potentiel.

Bien des types de lymphomes (cancers du système lymphatique) restent très difficiles à traiter et nous avons désespérément besoin de médicaments efficaces, avec peu d’effets secondaires, a-t-il observé.

(©AFP / 19 août 2011 01h01)

[Libé] Yves Charpak : A propos des drogues et autres produits psychoactifs

SOCIÉTÉ 12/08/2011 À 00H00

Par YVES CHARPAK Expert en santé publique

Nicotine, alcool, café, opium, héroïne, amphétamines, cocaïne, champignons hallucinogènes, LSD, poppers, éther, colle, anxiolytiques, psychotropes, antalgiques, Red Bull… Citer en désordre ces produits psychoactifs permet de s’abstraire des dogmes et querelles de clocher sur leurs statuts, et des pseudo-justifications médico-scientifiques des choix de nos sociétés.

Certains produits sont légaux, certains sont disponibles «illicitement» mais pas classés comme drogues, d’autres sont des drogues illicites au niveau international, mais avec des «tolérances» locales diverses ; d’autres enfin sont des produits de santé. S’il y a une utilisation, c’est qu’il y a des besoins, des envies, des effets recherchés. Clairement, nous avons besoin de produits psychoactifs. Une vie cérébrale naturelle, sans produits modifiant les perceptions et les capacités est rarement réalisée. Les producteurs, légaux ou pas, s’en frottent les mains, d’autant plus que les querelles sur le statut de ces produits nous interdisent d’en débattre réellement. Mais que voulons-nous donc ? Commençons par voir ce qui existe. Schématiquement, on peut distinguer :

  1. Des stimulants, pour se réveiller, pour ne pas dormir au travail ou au volant, pour mieux «faire la fête», limiter les effets du vieillissement sur les capacités de concentration, préparer des examens ou finir un travail nécessitant une privation de sommeil.
  2. Des produits pour se désinhiber, avoir un meilleur contact avec les autres ou simplement les supporter.
  3. Des produits pour moins souffrir, se désangoisser, dormir confortablement après une journée éprouvante.
  4. Des produits pour modifier ses perceptions, les intensifier, percevoir ce qu’on ne sait pas faire normalement.

Notre consommation passe par des voies diverses : on avale, on boit, on chique, on inhale, on sniffe, on s’injecte. Ensuite viennent les effets non recherchés : toxicité, effets comportementaux délétères, violence, perte de contrôle, baisse des capacités intellectuelles, dépendance, accoutumance (augmenter les doses pour avoir le même effet), trafic, contrebande, pratiques marketings illégales, corruption, jeux d’influence, clientélisme électoral, blanchiment d’argent, marchés financiers offshore, financement des armes…

Pour évaluer tous ces effets, chaque produit et chaque contexte devraient être classés selon tous ces critères, sans a priori idéologique, scientifiquement. Pourtant, quand les sciences biologiques et médicales sont mises en avant, il s’agit souvent de fragments de résultats, sans recul sur leur interprétation. Il est dommage de voir des scientifiques cautionner cela : les décisions sociétales ne devraient pas impliquer la science lorsqu’elle n’est pas en réalité à l’origine des choix.

La situation est la suivante. Le stimulant le plus utilisé au monde est le café, probablement peu toxique. Vient ensuite la nicotine. Plus forte que le café, plus addictive, surtout qu’elle est noyée dans les milliers de substances qui composent le tabac et qui en font sa toxicité majeure. Mais ne nous y trompons pas, c’est bien la nicotine qui possède l’effet de base recherché. C’est la plus mortelle des drogues.

Il a existé un marché des stimulants sur ordonnance (d’accès assez libre), très prisés en particulier des étudiants avant les examens. Il s’agissait d’amphétamines, vendues en général comme «coupe-faim». Il n’y a plus d’amphétamines sur ordonnance, mais le marché illicite progresse inexorablement, avec l’ecstasy et d’autres molécules. Des professionnels en Europe utilisent même un autre stimulant «naturel», la cocaïne, pour mieux travailler, pour rester actifs malgré la fatigue, sans parler de ses usages «festifs».

Mais pour la fête et les liens sociaux, changeons de catégorie. L’alcool est notre désinhibiteur de choix. C’est une drogue dont les effets individuels et sociaux sont complexes. Il y a des buveurs réguliers excessifs, pour lesquels le problème n’est pas la dépendance mais la toxicité. Il y a aussi des «alcooliques», pour lesquels la dépendance est majeure et douloureuse. Bien sûr, il y a les buveurs raisonnables (nous), plus nombreux. Et enfin, sous la pression de forces marketing mondiales incontrôlées, des buveurs occasionnels mais excessifs, qui recherchent l’ivresse comme objet d’interaction sociale.

La dépendance est une drôle de chose : l’héroïne, drogue majeure, était massivement utilisée par les soldats américains au Vietnam, probablement fournie par des organisations proches de leur «employeur», pour les aider à surmonter les souffrances de la guerre. De retour chez eux, la majorité de ceux qui ont trouvé des conditions de vie favorables, que l’on pensait toxicomanes lourds, ont arrêté du jour au lendemain.

Le cannabis révèle pour sa part l’absence de lecture rationnelle des produits psychoactifs : drogue traditionnelle dans certains pays, entraînant rarement une dépendance forte, assez peu toxique médicalement en l’état des connaissances, elle est, malgré son statut illicite, prisée d’une bonne partie de la population, jeune le plus souvent, pour un usage festif et facilitateur de relations sociales. Elle est perçue comme sans danger. Effet paradoxal : son usage conduit souvent à une dépendance tabagique quasi inéluctable.

Les médicaments psychotropes illustrent un autre paradoxe : ils soignent ou soulagent, mais les effets recherchés côtoient les effets des autres produits qui apaisent aussi douleur, angoisse, dépression… Les utilisateurs ne s’y trompent pas : certaines consommations de drogues sont de fait des automédications, plus ou moins efficaces. Il est d’ailleurs difficile de mesurer ce qui est la cause d’une consommation et ce qui en est la conséquence.

En conclusion, le sujet mérite de sortir du cercle vicieux idéologique : nos sociétés s’y perdent. Il faut lire, pour les seules drogues illicites, le rapport annuel de l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime, et ses statistiques annuelles. Presque tous les indicateurs sont au rouge, signalant une augmentation d’usage non contrôlée par les politiques internationales et nationales. Nous pouvons faire mieux, mais il faut commencer à y réfléchir sérieusement.

2 réactions sur libé :

remy2

Ça fait 20 ans qu’on nous raconte ça ! Il ne faut pas « commencer à y réfléchir sérieusement » mais agir enfin.

Soyez aimable de ne pas vous limiter à nous faire la leçon dans les journaux comme les 50 experts en santé publique qui vous ont précédé. Quand il s’agit de changer les lois, ce n’est pas aux lecteurs des journaux qu’il faut s’adresser mais aux partis politiques. Prenez votre carte dans celui de votre choix, convainquez ses dirigeants, et indiquez-nous ensuite comment voter.

Samedi 13 août à 11h34

***

grandtout

Entièrement d’accord C’est quand nous comprendrons les besoins que nous pourrons rendre les personnes libres. Par contre, nous n’avons pas besoin de produits psycho actifs, nous avons besoin de nous stimuler, de nous désinhiber….
Il vaudrait mieux écrire sur le paquet de cigarette "vous pouvez vous stimuler différemment"

Samedi 13 août à 08h58