[Farid2012] 91 secondes pour convaincre : Du cannabis et d’autres propositions dans le journal de Téléssonne.fr

Farid2012, le 29 mai 2012

91 secondes pour convaincre

Du cannabis et d’autres propositions dans le journal de Téléssonne.fr

Journal du 29 mai 2012

Voir en ligne : Le journal du 29 mai 2012 sur Téléssonne.fr

J’interviens en fin de journal (vers 6’53), à la suite de la présentation des enjeux sur la 1ère circonscription, pour inaugurer cette nouvelle rubrique “91 secondes pour convaincre”.

Réaliser en deux prises, en plein air, sur la Place Victor Schoelcher où trône une statue de Toussaint Louverture…
Un peu tendu par l’importance de cette communication, étant donné le peu d’occasions offertes pour apparaître médiatiquement, j’espère que le message passera et comme on dit “ce sera mieux la prochaine fois”.

Bon visionnage, merci de relayer l’info pour que ça buzz… dans le 91.

FARId

[BigBrowser] QU’IMPORTE LE FLACON – Des ados américains se saoulent au gel désinfectant

Note de DrogueBlog : Cet article fait du neuf avec du vieux, enfin vieux, tout est relatif. On avait déjà une trace en 2009 de cette histoire sur France24

capture d'écran - gel désinfectant - éthanol - Aucun DR

capture d’écran faite par l’auteur de droguesblog – Aucun DR…

BigBrowser, le 27 avril 2012

Six adolescents américains en quête d’ivresse ont été hospitalisés après qu’ils eurent ingéré du gel désinfectant, rapporte le Los Angeles Times. Une pratique qui inquiète les autorités sanitaires, qui redoutent que celle-ci se popularise.

Selon le quotidien américain, il ne s’agirait pas de cas isolés. Après le sirop pour la toux, les adolescents américains ont trouvé un nouveau moyen de contourner la législation qui interdit la vente d’alcool aux moins de 21 ans.

Le gel désinfectant contient en effet près de 60 % d’éthanol, le principe actif de l’alcool, soit autant qu’une bouteille de whisky. S’il est difficile de mesurer l’étendue de la pratique, plusieurs films circulent sur des plates-formes vidéos qui montrent des adolescents en train d’ingurgiter le gel.

Le Los Angeles Times explique que certains d’entre eux ont mis au point des techniques pour séparer l’alcool du produit de base en y incorporant du sel. Interrogé par le quotidien, le toxicologue américain Cyrus Rangan assure qu’il s’agit d’une pratique dangereuse qui peut provoquer des brûlures d’estomac ou des comas éthyliques.

Selon un blog du LA Times, le centre antipoison de Californie a recensé soixante cas d’intoxication au gel désinfectant chez des adolescents depuis 2010.

Une responsable de la prévention de l’hôpital des enfants de Los Angeles conseille aux parents d’acheter désormais le gel dans sa version mousse, moins évidente à boire et à distiller.

[Essonne Info] Le cannabis veut son poste de député

Essonne-Info, le 25 mai 2012

Politique. Essonne Info a reçu Farid Ghehiouèche, 40 ans, sans emploi, père de famille et candidat aux législatives dans la huitième circonscription. Ancien militant pendant douze ans chez les Verts, il se présente aujourd’hui sous l’étiquette Cannabis, Santé, Liberté, Justice. Essonne Info dresse le portrait de ce militant de longue date.

Photo : Farid Ghehiouèche, candidat pour la légalisation du cannabis, sur la huitième circonscription de l’Essonne. (© DM/EI)

Un candidat pas si ordinaire

A quarante ans, Farid Ghehiouèche est déjà un militant aguerri. Ce père de famille sans emploi se lance dans une nouvelle bataille politique. Après douze ans passés au comité des drogues chez les Verts, il est cette année candidat aux législatives dans la huitième circonscription de l’Essonne. Il aura face à lui Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la dernière élection présidentielle et député sortant. « Je veux mettre le cannabis au centre de la campagne. Mais en France, on ne peut pas parler des applications thérapeutiques bénéfiques. Ce serait aller contre la loi qui interdit de le présenter sous un jour positif », explique Farid Ghehiouèche. Pour faire entendre sa voix, il se lance dans une campagne à zéro euro. Il imprime lui-même ses bulletins et les distribue directement sur les marchés et dans les mairies. « Il y a beaucoup de jeunes qui pourraient se présenter. Mais ils ont peur des formalités administratives obligatoires à réaliser avant de se présenter. On aurait pu présenter mille candidats, issus de la vraie diversité, mais les jeunes n’y croient plus. L’important est de faire entendre sa voix. Alors j’y vais pour défendre, pour montrer la voie », ajoute-t-il.

Il faut encadrer la dépénalisation

Il publie sur son site des doléances recueillies auprès des habitants du Val d’Yerres. Parmi ses propositions, on retrouve le métissage de l’Assemblée nationale, la parité, ou encore la démocratie directe. Santé, liberté et justice sont des termes qui sont au cœur de sa campagne. De nombreuses actions sont prévues avec le soutien du collectif Cannabis Sans Frontières. Père de famille, Farid Ghehiouèche sait que certaines personnes peuvent être freinées par l’image négative que renvoient les drogues dans notre pays. « On est effectivement pour une dépénalisation du cannabis. Mais il faut que cela soit encadré et que ce soit fait avec intelligence. Il existe des pistes : interdire la consommation aux mineurs de moins de quinze ans, développer les applications thérapeutiques, réglementer le commerce et d’autres. Il existe des alternatives à la prohibition et il faudrait les développer », précisait-il. Pour autant, Farid Ghehiouèche ne se fait pas d’illusions au sujet des résultats du vote, mais espère que son message sera entendu. « Ce serait bien d’être présent au second tour pour continuer à défendre mes idées », conclut le candidat à la feuille ciselée.

[ASUD Journal] Numéro 49 : Présidentielles : Putain de drogués

Le pdf du journal complet sera disponible sur le site en téléchargement libre d’ici peu. En attendant vous pouvez consulter les anciens numéros sur cette même page, et si vous voulez lire les autres articles, écrivez à ASUD pour le recevoir chez vous. (abonnements peu chers)

La source de tout ce qui suit est ici : ASUD

Asud Journal Numéro 49

Asud Journal Numéro 49

ASUD Journal n°49 est sorti. Au sommaire de ce numéro :


Edito : Mangez-le…

Sommaire

Ecrit par Fabrice Olivet

Il y a deux ans, Jean Teulé publiait un opuscule1 relatant l’histoire de la démence collective d’un petit village normand. Au début de la guerre de 1870, un voyageur est brusquement assailli par une horde éthylique qui s’empare de lui aux cris de « À mort le Prussien ». Frappé, cloué sur un établi, puis ferré comme un cheval, le malheureux subit en crescendo une série de tortures raffinées avant d’être dépecé, débité et… mangé. Une histoire de cannibales gaulois, tirée d’un fait divers, métaphore édifiante de la folie répressive endurée par les usagers de drogues.

Mangez-le ! En 1970, la représentation parlementaire française s’est brusquement aperçue qu’elle avait aussi un Prussien à disposition. Depuis, les « drogués » sont passés par toutes les stations d’un supplice codifié remontant en fait à 1916, date de la première proscription légale. À trop souvent parler de notre chère loi de 1970, on finit par oublier que la répression de l’usage de psychotropes a été revisitée en un siècle par une cascade de dispositions toujours orientées dans le sens de l’aggravation des peines. Condamnés au sida par la loi sur l’interdiction des seringues, emprisonnés comme usagers-revendeurs, voire ensuite expulsés au fil du zèle législatif des années 1980-19902, les consommateurs de drogues peuvent aujourd’hui faire le bilan d’un quinquennat qui n’a pas manqué de respecter cette tradition de matraquage. En 2007, la loi dite de « prévention de la délinquance » et ses nombreux artifices juridiques ont fourni leur quota de toxicos à recycler derrière les barreaux. On frémit désormais à l’idée de ce que nous prépare le prochain vainqueur de la course présidentielle, quel qu’il soit (voir p. 8).

Mangez-le ! Un peu partout dans le monde, la figure du toxicomane est brandie pour masquer des enjeux sociaux, économiques ou politiques. L’écran de fumée est moraliste, noyé de bons sentiments, la « bien?pensance » le disputant généralement au misérabilisme. Ce procédé est également utilisé pour stigmatiser une autre catégorie de « déviants » : les putes, qui partagent avec les drogués le souci d’être protégé(e)s de ceux qui leur veulent du… bien. Une hypocrisie remise au goût du jour par la polémique sur la pénalisation des clients des prostitué(e)s (voir p.10).

Mangez-le ! La guerre à la drogue (War on Drugs) menée aux États-Unis depuis 1969 est aussi une guerre raciale séculaire née sur les décombres de l’esclavage. Telle est la thèse de Michelle Alexander, une sociologue américaine, auteure d’un best-seller3 curieusement ignoré par la presse française : « Parler des vertus du traitement de la toxicomanie plutôt que de l’incarcération pourrait avoir plus de sens si l’objectif de la guerre contre la drogue était d’en finir avec les abus de drogue. Mais cela n’a jamais été l’objectif principal de cette guerre. Cette guerre n’a pas été déclarée pour faire face à la criminalité, elle a été déclarée afin de gérer les personnes noires. »4D’initialement tiré à 3 000 exemplaires, l’ouvrage s’est diffusé à 175 000 et la polémique qui a suivi renvoie nos vaticinations halal au rayon jouets versus amateurs d’Haribo. S’appuyant sur le chiffre des incarcérations de Noirs depuis quarante ans (une donnée impossible à reproduire en France, rappelons-le), Michelle Alexander affirme que le gouvernement américain a délibérément utilisé la lutte contre la toxicomanie pour canaliser le racisme latent de la population et réprimer l’ennemi héréditaire, le Noir pauvre du ghetto. On a le Prussien qu’on peut. Mangez-en tant qu’il en reste, il faudra ensuite penser au plat suivant.

    1. *Mangez-le si vous voulez, Jean Teulé (Julliard, 2009).
    1. *1972 :Interdiction de vente des seringues dans les pharmacies ;1986 : Loi sur les usagers-revendeurs ;

      1994 : Nouveau code de procédure pénale et doublement des peines pour trafic de drogues ;

      2003 : Création du délit de conduite sous l’emprise de stupéfiants ; 2007 : Loi sur la prévention de la délinquance.

    1. *The New Jim Crow : Mass Incarceration in the Age of Colorblindness, Michelle Alexander (The New Press, New York, N.Y., 2010, réédition poche en 2012).
  1. * Interview de Michelle Alexander par le site web Talking Drugs.

Faire encore du chiffre avec les drogués

Sommaire

Une circulaire du ministère de la Justice du 16 février 2012 relative à l’amélioration du traitement judiciaire de l’usage de produits stupéfiants impose désormais une réponse pénale systématique, avec stage de sensibilisation à la première infraction et relance de l’injonction thérapeutique. Combien de fois faudra-t-il encore répéter que la prévention et le soin sous la contrainte sont inefficaces ?

asud journal 49 élections humour

Par leur nombre plus que par volonté politique, les usagers ont gagné une sorte de bienveillance mêlée de lassitude de la part de certains procureurs et Officiers de police judiciaire (OPJ) qui classent de nombreuses procédures en fonction du dossier. D’après la circulaire, ce procédé favoriserait la banalisation de la consommation. Le classement sans suite et le simple rappel à la loi sont surtout indispensables pour résorber l’engorgement de la justice, et focaliser les moyens sur des priorités comme la prévention de la violence, la tranquillité publique, et la lutte contre les mafias.

En cas d’usage simple, et quelle que soit la quantité et le profil de l’usager, le ministère de la Justice demande aux procureurs d’exclure le recours au classement sans suite en opportunité et au classement avec rappel à la loi. À la première infraction, la circulaire les enjoint désormais à proposer systématiquement le stage de sensibilisation comme alternative à la peine (version soft) ou dans le cadre d’une composition pénale avec inscription au casier (version hard).

Un marché captif de dizaines de milliers d’usagers par an offert sur un plateau aux structures qui organisent ces stages, alors que leur évaluation est encore attendue. À condition de trouver des fonds publics pour les financer, de nombreux prévenus n’ont pas les ressources pour sortir 450 euros. Et si les plus fortunés payent ce prix exorbitant pour les autres, cela ne suffira pas à couvrir l’explosion des besoins suite à cette circulaire. Même chose pour l’injonction thérapeutique systématique à la moindre suspicion de dépendance : comment la financer ? Si le stage n’est pas possible ou opportun, la directive demande d’utiliser la procédure simplifiée d’ordonnance pénale délictuelle avec réquisition d’une amende pour « faciliter la gestion des flux de contentieux générés par la limitation de la mesure de rappel à la loi ». Un gros bazar est déjà prévu. En cas de récidive ou de refus de l’injonction thérapeutique, la circulaire demande le déferrement devant le tribunal correctionnel, une réponse répressive à l’usage simple qui touchera encore principalement les usagers les plus exposés dans la rue et les quartiers populaires.

Cette mesure est une conséquence directe des recommandations du rapport parlementaire relatif à la toxicomanie du 30 juin 2011. Un mauvais travail donne des produits dérivés calamiteux. Asud demande le retrait de cette circulaire et une expertise officielle enfin paritaire, scientifique et professionnelle. Nous souhaitons surtout que les praticiens de la justice enterrent cette décision administrative en forme de matraque. Comme ils le firent malheureusement pour celles de Pelletier en 1978 ou Guigou en 1999 qui demandaient de limiter les poursuites pour usage simple (encore 5 000 incarcérations annuelles environ). L’indépendance de la Justice doit s’appliquer dans les deux sens.


Et la drogue dans tout ça ?

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Ecrit par Jules Crétois

Quelles sont les positions des principaux partis politiques en lice pour l’élection présidentielle concernant l’usage et les usagers de drogue ? Bien que certains sujets soient peu abordés (les salles de consommation à moindres risques par exemple), un rapide aperçu des programmes et des interventions publiques permet de se faire une idée de ce qu’en pense chaque candidat-président. Seule la légalisation du cannabis semble au final vraiment tarauder nos politiciens. Petit tour d’horizon.

asud journal 49 election panneaux électoraux

Commençons par la droite de la droite. Sans surprise, du côté du Front national (FN), on se refuse à toute dépénalisation des drogues. On argue même qu’il faut « accentuer la répression contre les trafiquants mais aussi contre les consommateurs ». La drogue semble être considérée par les militants frontistes comme un enjeu purement sécuritaire et non sociétal. Une phrase lapidaire à propos des consommateurs se glisse tout de même dans le programme du FN : « Les consommateurs doivent être soumis à une obligation de soins. »

Moins à droite, le parti au gouvernement ne semble pas pour autant beaucoup plus ouvert sur la question. Pas de traces de drogue dans le programme 2012 de l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Mais a priori, pas de changements révolutionnaires du côté du parti de la majorité. Répondant à Jacques Attali pour Nicolas Sarkozy, actuel président et candidat de l’UMP pour la présidentielle, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, s’est dit hostile à toute dépénalisation, parlant « d’irresponsabilité » et de « discours démagogique » quand des dirigeants socialistes ou écologistes se ris-

quaient à l’évoquer.

Au Mouvement démocrate (Modem), parti du centre, on ne semble sûr de rien. Mais on s’ouvre à la réflexion. Responsable des questions de société au sein du parti, Jean-Luc Bennahmias, a ainsi salué en juin 2011 la réouverture par le socialiste Daniel Vaillant (PS) du débat sur la légalisation du cannabis, fustigeant notamment l’hypocrisie de mise actuellement…

Répondant à Jacques Attali à propos de la prohibition, le président du Modem, François Bayrou, estimait quant à lui qu’il fallait envisager les addictions aux produits psychotropes « d’abord sous l’angle de la santé publique ». À l’antenne de France Inter, Bayrou s’interrogeait publiquement :

« Je ne suis pas fermé à la réflexion mais je crois que la légalisation augmenterait la consommation. » Ni répression aveugle ni légalisation immédiate, une mesure qui serait selon Bennahmias incomprise par la population. Au centre, on souffle le chaud et le froid.

Au Parti socialiste (PS), nombreuses sont les voix à proposer des alternatives à la pénalisation pure et simple. Pour rappel, Martine Aubry qui était la principale concurrente de François Hollande lors des primaires au sein du parti s’était clairement prononcée pour la dépénalisation de l’usage de cannabis. Interrogé par Jacques Attali sur la prohibition, François Hollande qui représentera finalement le PS aux élections répondait cependant :

« Tout en maintenant l’interdit des drogues, il faut adosser la sanction à une prise en charge thérapeutique de l’usager, sans laquelle la pénalisation restera vaine. » L’interdit, François Hollande semble y tenir. Il le répétait sur France 2 il y a peu : « Est-ce qu’il faudra maintenir l’interdit ? Je l’affirme. »

Quelques mois auparavant, il semblait pourtant se poser des questions. Lors d’un débat public dans le XXe arrondissement parisien, il demandait qu’une réflexion soit mise en place à l’échelle européenne et avouait que l’expérience portugaise de la dépénalisation méritait d’être étudiée.

Les écolos ne semblent pas changer de ligne sur la question de la drogue. Candidate à la présidentielle pour le parti Europe Écologie-Les Verts, Eva Joly est l’une des candidates les plus claires à propos de l’usage de drogues. Dans une récente interview à Rue89, elle se prononçait encore pour la dépénalisation et une régularisation des drogues douces avec l’adoption de taxes et d’une économie contrôlée. Elle abordait également en ces termes le sujet des salles de consommation à moindres risques, un sujet que la plupart des dirigeants de parti n’évoquent même pas : « Je suis absolument pour les salles de shoot… cela me paraît être le minimum que l’on puisse faire pour cette catégorie d’exclus très marginalisés. »

Candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon affirmait pour sa part au site Seronet qu’« il est nécessaire de développer de nouveaux programmes dans la lutte contre la propagation de maladies telles que l’hépatite C et le VIH ». Selon lui, les salles de consommation à moindres risques « offrent une sécurité sanitaire pour les usagers de drogues ». Argument plus inattendu, Mélenchon vante les salles de consommation car

elles participeraient à restaurer la « tranquillité et la sécurité des habitants » en diminuant la consommation de drogue dans l’espace public. Le leader de la gauche de la gauche peinait en revanche à se prononcer clairement pour ou contre la légalisation de drogues et résumait : « La lutte contre la toxicomanie ne passe pas par un accroissement de l’arsenal répressif qui a prouvé son inefficacité. »

La légalisation du cannabis semble être une évidence aux camarades trotskistes du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Dans leur presse militante, ils écrivent : « La légalisation est la seule mesure sérieuse en terme de santé publique. » Et plus loin : « Ne plus faire du consommateur un délinquant est le préalable à toute politique de santé. » Et de citer l’importance de programmes tels que la distribution de seringues stériles. Candidat du NPA, Philippe Poutou s’est pour sa part prononcé pour l’abrogation de la loi de 1970. Au côté des écolos, le NPA semble le parti se présentant aux élections le plus radical concernant l’usage de drogues.

Toujours chez les trotskistes, les militants de Lutte ouvrière (LO) semblent moins ouverts sur la question. Dans la presse du parti, on pouvait lire récemment : « Alors dans une telle société, la légalisation serait-elle un progrès ? Il est bien difficile de le dire. »

L’article laissait « aux médecins ou d’autres professionnels de ces questions» toute latitude pour « réfléchir, en ayant pour seul objectif de combattre les toxicomanies. » Il y a peu, Nathalie Arthaud, candidate de LO, reconnaissait tout de même lors d’un passage sur i>télé l’inefficacité de la répression et de la pénalisation.

Si l’échec de la politique actuelle en matière de drogues les pousse à la réflexion, les dirigeants des partis les plus importants de l’échiquier politique restent étrangement archifrileux sur les questions concernant la prohibition. Faut-il prendre comme un aveu les propos de ce cadre du Modem, Jean-Luc Bennahmias, « on ne peut pas passer du pour au contre du jour au lendemain, ce serait inexplicable pour la population » ? Nos politiciens auraient-ils simplement peur de la réaction d’une partie de leur électorat ? Quant aux appareils partisans, ils semblent faire encore peu de place aux questions précises comme les salles de consommation à moindres risques ou l’utilisation du cannabis thérapeutique…


Putes et drogués : même combat pour l’accès aux droits !

Comment sortir du bois?

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Ecrit par Morgane Merteuil – Secrétaire générale du Strass

Les offensives liberticides de ces dernières années ont favorisé la convergence de luttes menées par des populations réprimées. Le fait que la lutte des putes soit relayée dans ces pages en est une preuve : attaquées, ce n’est que par la solidarité que les minorités sexuelles morales ou sociales pourront accéder au droit.

asud journal 49 putes

Le Strass, Syndicat du travail sexuel (ne cherchez pas le deuxième « s », on l’a juste ajouté parce que c’est plus beau comme ça !) a été créé en 2009, lors des Assises de la prostitution, dans la lignée du collectif Les Putes qui militait déjà pour « visibiliser » la question.

Mieux placéEs que quiconque

Le Strass se veut ainsi un outil d’auto-organisation, par et pour les travailleurSEs du sexe, c’est-à-dire les putes (de rue, sur Internet, etc.) et plus largement les acteurs/trices porno, masseurSEs érotiques, hôtesses, dominatrices, opérateurs/trices de téléphone ou webcam rose, etc.

La notion d’autogestion est essentielle à nos yeux : depuis toujours, les réflexions sur la prostitution n’ont été portées dans l’espace public et politique que par des expertEs de toutes sortes (psychologues, sociologues, professionnelLEs de la « réinsertion »…) prétendant toujours savoir mieux que nous ce qui est bon pour nous.

Un des axes essentiels de notre lutte est ainsi de récupérer ce droit à la parole qui nous a été volé afin que nos avis soient pris en compte dans l’élaboration des lois nous concernant : nous sommes mieux placéEs que quiconque pour savoir ce qui nous est favorable.

TravailleurSEs indépendantEs

Consistant à mettre en avant des discours à la première personne, cet axe de notre lutte est commun aux revendications des usagerEs de drogues d’Asud : parce que notre choix de nous prostituer, comme celui de nous droguer, n’est pas reconnu car contraire à certains intérêts moraux, seuls deux statuts nous sont reconnus : délinquant ou victime. Selon les discours dominants (et moralistes) de notre société, la prostitution ne peut en effet constituer un choix valable. C’est pourtant celui que font des milliers de personnes, n’en déplaise à touTEs celles et ceux pour qui rien ne saurait justifier d’en « arriver là », de « tomber si bas ». Oui, la prostitution peut être un choix : un choix plutôt qu’un autre, certes, dans la mesure où c’est évidemment le besoin de gagner de l’argent qui nous y conduit. Ce même besoin qui amène quiconque à vendre ses services en échange d’un salaire lui permettant de se loger, se nourrir, se vêtir, voire de se divertir pour les plus chanceux.

Pourquoi ce choix plutôt qu’un autre ? Pour des raisons variées, mais si on devait les résumer en un mot, ce serait probablement l’indépendance parce que nous sommes une profession que l’on peut considérer comme « indépendante » : nous n’avons pas de patron ni personne pour nous imposer des horaires, tarifs, pratiques, etc. Mettant en jeu la sexualité, l’intimité, ces pratiques sont évidemment telles qu’il est primordial que le fait de se prostituer reste un choix parmi d’autres. Mais il est tout aussi primordial de reconnaître que cela PEUT être un choix, et que la prostitution n’est ni une violence ni une atteinte à la dignité « en soi », simplement parce que le sexe est en jeu. D’autant que, contrairement aux idées reçues, le rapport pute-client est loin de se résumer à un simple rapport sexuel : notre rôle s’apparente souvent à celui de confidentEs, conseillerEs, une relation entre deux êtres humains, deux adultes, qui passent un accord pour un moment donné. À vous de juger ensuite s’il est forcément plus dégradant d’être payé pour offrir un peu de plaisir à nos clients que de l’être pour mettre des familles à la rue ou dans des charters…

Un choix inacceptable

Mais peu importe les préférences de chacunE puisqu’il a été décidé que vendre des services sexuels ne pouvait constituer un choix acceptable. Tout un arsenal législatif a été mis en place pour bien nous le rappeler. Si la fermeture des maisons closes par la loi Marthe Richard en 1946 a été une bonne chose (vu les conditions de travail que l’on imposait aux prostituées dans la plupart de ces « maisons d’abattage » qui n’avaient d’autre but que de cacher ce qu’on ne saurait accepter et d’instaurer un véritable contrôle social et sanitaire sur les prostituées), l’inscription des prostituées dans les ordonnances de 1960 définissant les catégories de personnes « inadaptées sociales » (la prostitution étant considérée comme un fléau au même titre que l’alcoolisme, l’homosexualité et la tuberculose) et surtout le fait que nous soyons aujourd’hui les seules à ne pas en avoir été désinscrites soulèvent plus de questions.

Comme les lois sur le proxénétisme, défini comme « le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit, d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui ; de tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ». La loi ne faisant pas la différence entre le proxénétisme « de soutien » et « de contrainte » (l’exploitation), des prostituées elles-mêmes sont souvent condamnées pour proxénétisme uniquement parce qu’elles partagent un lieu de travail, comme une camionnette ou un appartement. Des proches, conjoints sans revenus, voire des enfants majeurs qui partagent les produits de la prostitution d’autrui et plus généralement, toute personne qui rend service à une prostituée sont donc susceptibles d’être inquiétés. On assiste ainsi depuis quelque temps à des fermetures successives de sites Internet où les escortEs peuvent déposer leurs annonces. Instaurant un véritable délit de solidarité entre les prostituées et quiconque leur apporterait une aide matérielle, la loi sur le proxénétisme acte ainsi le fait que nous ne saurions être que des victimes.

Des effets désastreux

Depuis 2003 et la loi sur la Sécurité intérieure de Nicolas Sarkozy, la pénalisation du racolage superpose donc au statut de victime celui de délinquante. Avec des conséquences désastreuses : éloignées des centres-ville pour échapper à la police, les prostituées s’en sont trouvées éloignées des structures de prévention. Plus isolées et donc plus susceptibles d’être victimes d’agressions, de racket, etc., beaucoup ont alors commencé à faire appel à des « intermédiaires », plus ou moins mal intentionnés comme on peut s’en douter, afin d’assurer leur sécurité. D’un autre point de vue, on peut y trouver des conséquences positives : pour les réseaux dont l’influence a augmenté, pour les investisseurs immobiliers qui ont intérêt à ce que les villes soient « aseptisées », pour la police qui a pu « faire du chiffre » (selon le principe on ne peut plus simple d’une infraction constatée, une prostituée arrêtée = un crime résolu) et enfin, pour les statistiques sur l’immigration (une pute sans papiers arrêtée pour racolage = une pute expulsée).

Aujourd’hui, presque dix ans après la mise en place du délit de racolage et en dépit des preuves des effets désastreux de toute politique répressive à l’égard du travail sexuel, des éluEs de tous bords surenchérissent et veulent pénaliser les clients pour les « responsabiliser » et qu’ils ne viennent plus nous voir. Mais même si la pénalisation entraînait effectivement une baisse du nombre de clients, cette baisse ne signifie rien d’autre que notre précarisation. Et pour la compenser, nous n’aurions d’autre choix que d’accepter des pratiques (non protégées par exemple) ou clients que nous aurions refusés avant. Nous serions également toujours plus obligées d’exercer notre activité dans la marginalité, l’isolement, l’insécurité qui nous poussent à recourir à des intermédiaires et autres maquereaux qui sont les premiers bénéficiaires de la répression.

Les situations de violence, d’exploitation, d’atteinte à la dignité, de prises de risques en termes de santé, d’exclusion sociale, ne découlent pas de l’acte de se droguer ou de se prostituer en soi mais des conditions dans lesquelles on le fait, à cause des politiques prohibitionnistes. Un cercle vicieux puisque parallèlement aux simples arguments moraux, la prohibition qui en découle crée les conditions déplorables dont l’existence sert ensuite à justifier cette prohibition. Putes, droguéEs, nous ne sommes pas le problème : nous faisons partie de la solution.


L’envers du décor : la nouvelle campagne de prévention de l’Etat

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Ecrit par Fabrice PEREZ

la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT) a lancé le 13 février dernier une web-campagne intitulée « l’envers du décor ». La vidéo propose un angle de réflexion inhabituel pour une campagne de prévention de l’usage de drogues. Elle relègue au second plan les classiques arguments sanitaires et légaux pour se concentrer sur les conséquences du trafic sur la société et faire appel au civisme des consommateurs. Son slogan : Nos actes ont des conséquences, la consommation de drogue aussi. Même chez ASUD les avis sont partagés.

Pour

Une campagne réaliste qui ouvre le débat.

Serions-nous à un tournant de la politique des drogues ? La population n’est plus dupe. Rabâcher la dangerosité sanitaire et l’interdit légal comme si la consommation était déconnectée du reste de la société n’est plus crédible. La bulle « punir ou soigner » dans laquelle elle a été placée depuis 40 ans est un leurre. C’est un phénomène de société bien plus vaste, comme le montre efficacement en moins de 2 minutes la vidéo interactive.

Tout commence par une scène qui montre la banalité de la consommation de cannabis lors d’une fête privée en appartement entre jeunes gens. Ici point de punks nihilistes ou de hippies illuminés. Ce n’est pas non plus une rave, une skin party ou un bizutage. C’est une fête normale avec des gens normaux. Et fumer de l’herbe est clairement identifié comme un élément important de cette convivialité. Le clip ne suggère pas que nous sommes en présence d’un groupe d’amateurs de cannabis. Certains semblent intéressés par ce produit, d’autres non. Comme pour l’alcool chacun semble respecter les choix de l’autre.

Le film bascule ensuite littéralement dans la cuisine d’un couple dont l’appartement est situé sur le palier d’un lieu de deal. Témoins impuissants et exaspérés de la violence engendrée par ce marché noir, ils subissent la loi dictée par le caïd local qui utilise la misère de ce quartier visiblement populaire.

Tour à tour les éléments cliquables dénoncent l’exploitation des petites mains du trafic, des mineurs souvent (mules, revendeurs, guetteurs), les atteintes environnementales sur les zones de production (pollution et déforestation), sans oublier les risques sanitaires et judiciaires. Et c’est bien toute la nouveauté de cette campagne : remettre ces derniers éléments dans un contexte plus global qui interroge notre choix de société. D’un côté des consommateurs qui ne voient pas ce qu’il font de mal et de l’autre un système mafieux et ses conséquences qui prospèrent faute d’alternative officielle.

Le message aurait pu être une vulgaire injonction comme « Dis leur merde au dealers » en 1987. La portée du slogan « Nos actes ont des conséquences » ne doit pas être sous-estimée et toutes campagnes MILDT confondues c’est sans doute celui qui se rapproche le plus du mythique « Savoir plus, risquer moins » de 1999 en nous invitant à faire des choix éclairés sans nous dicter une conduite à tenir. Il va même plus loin en ne se limitant pas à l’aspect sanitaire individuel mais en y ajoutant pour la 1ère fois une dimension globale et collective.

Contre

La MILDT nous la fait à l’envers.

Dès le titre, cette campagne évoque un énième reportage alarmiste et racoleur sur fond de témoignages bouleversants obtenus en caméra cachée ou saisie sur le vif de l’émotion façon zone interdite. Le genre de vérité nue scénarisée comme il se doit pour vous révolter immédiatement sans vous laisser le temps d’analyser. Dans le communiqué de presse officiel de la MILDT cela s’appelle « une invitation à la réflexion ». Réfléchissons alors.

Les insupportables nuisances subies par les riverains des zones de deal sont indéniables. Ces dernières années les faits mis en exergue par les médias sur ce sujet, comme récemment la mobilisation des habitants de Saint-Ouen ou les règlements de compte à Marseille, sont venus nourrir le scepticisme sur l’efficacité de la guerre à la drogue. Mois après mois ces faits divers ont mis la « tolérance zéro » face à son échec et rendu audibles les critiques à son égard ainsi que les alternatives possibles. Ce constat a même abouti au dépôt en juin 2011 d’un rapport parlementaire par l’ancien ministre de l’intérieur Daniel Vaillant pour qui à présent la légalisation du cannabis est la seule voie possible pour réduire les risques liés au trafic. Y compris au niveau international, la prestigieuse Commission Mondial sur les Drogues a demandé l’an passée une réforme du système. Accusée publiquement d’avoir des conséquences douloureuses sur la société, la prohibition devait être défendue par la MILDT. Quand les réformateurs accusent la prohibition d’être responsables des méfaits du trafic, la MILDT répond que c’est en réalité la demande des consommateurs qui est le vrai coupable. Coupable de la mort des mules qui transportent la drogue encapsulée dans leur estomac. Coupable des dégâts sur l’environnement causée par les laboratoires clandestins. Coupable de l’enfer quotidien que vivent les habitants des quartiers aux mains trafiquants. L’argument est pitoyable : c’est celui qui dit qui l’est. Voilà tout l’apport qu’est capable d’apporter au débat public le coordinateur de l’action gouvernementale sur les drogues. Cette pirouette qui fait porter la responsabilité sur l’acte de consommer, permet de revenir aux fondamentaux de la guerre à la drogue : stigmatiser le consommateur source de tous les maux, ce bien pratique bouc-émissaire de l’insécurité, cet éternel fardeau pour la société. Ce à quoi nous pourrions répondre : Vos actes ont des conséquences. La prohibition des drogues aussi. Un slogan qui irait très bien avec les clips de Techno+ à l’occasion des 40 ans de la loi de 70.

Le site de la campagne

http://www.youtube.com/lenversdudecor

Le rapport Vaillant :

http://www.idpc.net/sites/default/files/library/Legalisation_controllee_du_cannabis_full_0.pdf

Réforme mondiale des drogues :

http://www.globalcommissionondrugs.org/Report

Les clip de Techno+ sur la prohibition

http://www.dailymotion.com/search/prohibition+technoplus

David Mayeux – Putain SD (concours techno+ 2011- clip sur l’addiction)


Suboxone® subi ou Subutex® choisi ?

Sommaire

Ecrit par Fabrice Olivet

Troisième médicament de substitution autorisé en France après la méthadone et le Subutex®, le Suboxone® est dans les bacs depuis le 17 janvier 2012. L’indication de ce nouveau traitement, voire son principe neurobiologique, soulève depuis longtemps des interrogations légitimes. Retour sur une molécule controversée.

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En 1999, la présentation du Suboxone® avait déjà mis la patience des militants d’Act Up à rude épreuve et provoqué le « zap » de la Commission nationale des traitements de substitution. Chaises renversées, noms d’oiseaux, montée d’adrénaline : le Suboxone® est le premier médicament de substitution – et à ma connaissance le seul – à avoir déclenché l’ire des militants antisida. Principal reproche fait à cette nouvelle molécule : être un instrument machiavélique conçu pour punir les méchants toxicomanes qui injectent le Subutex®. Et si le dossier d’accusation a un peu évolué sur la forme, il n’a pas varié sur le fond. Lors d’un vote sur l’opportunité de mettre sur le marché ce nouveau médicament, le même vice de conception est en effet rappelé quelques années plus tard par la Commission addictions. Douze années de polémiques qui contraignent aujourd’hui le laboratoire RB Pharmaceuticals (qui a repris à Schering-Plough la production du médicament) à de déchirantes révisions en matière de communication.

Un sulfureux cocktail

Comprendre le fondement de ce dossier à charge nécessite un peu de cuisine neurobiologique. Le Suboxone® est un mélange de Subutex® (Subo) et de naloxone (xone). La naloxone est un antagoniste des opiacés, c’est-à-dire un agent nettoyeur spécialement conçu pour évincer toute substance dérivée de l’opium des récepteurs cérébraux. Le reproche majeur fait à ce cocktail chimique inusité est sa finalité essentiellement coercitive. Si le médicament est consommé « normalement », par voie sublinguale, la naloxone, directement éliminée par l’appareil digestif, n’a aucun effet sur l’organisme. Mais si un chevalier de la pompe ou un adepte du sniff s’avise de marcher en dehors des clous, la sanction tombe : la naloxone se libère, occupe les récepteurs et prive instantanément le transgresseur de toute sensation opiacée.

Dans son principe même, l’ami Suboxone® révèle donc une certaine duplicité. Un processus chimique paradoxal et antinomique avec les principes habituellement appliqués par la réduction des risques. Qu’elle soit physique, psychique ou neurobiologique, la contrainte est en effet dommageable au travail de responsabilisation des usagers de drogues. La RdR a de plus pour objet d’atténuer, dans la mesure du possible, les nuisances qui cernent les usagers au quotidien. Seringues stériles, substitution, petit matériel d’injection, tout est pensé pour éliminer les risques infectieux, les « poussières », les surdoses, tout facteur de dommage dans l’environnement immédiat des consommateurs d’opiacés. Or sur ce terrain, le Suboxone® est à contre-courant. Il introduit une menace diffuse en frappant au portefeuille de leurs sensations opiacées les usagers non-conformes, les rebelles, les mal-pensants.

La foi du charpentier

Pour ne rien arranger, la communication entamée par Schering Plough dans les années 2000 ne fut pas des plus subtiles. Le Suboxone® était censé remédier à tout : plus de marché noir, plus de détournement. Cette foi du charpentier dans les pouvoirs rédempteurs de la chimie sur le cerveau n’a fait qu’inquiéter la majorité des acteurs de santé publique. Malgré une certaine méfiance liminaire, Asud, qui prétend défendre tous les patients (les bons comme les mauvais), reconnaît aujourd’hui les mérites de la buprénorphine. Cette molécule représente un outil efficace pour instaurer un lien durable entre les usagers et le système de soins. Va-t-on courir le risque de saper les fondements d’un système qui a fait en quinze ans la preuve de son succès ? Que sait-on exactement des conséquences à long terme du remplacement du Subutex® par le Suboxone® ?

Apparemment conscient de l’image sulfureuse du slogan « médicament antishoot », RB Pharmaceuticals se défend de vouloir l’imposer à tous les patients mais recommande en même temps aux prescripteurs de le proposer systématiquement lors des nouvelles inclusions. Dans une dépêche du 17 janvier, l’Agence de Presse Médicale rapporte les propos du directeur médical du laboratoire : « Dans les pays qui disposent des deux spécialités, Subutex® et Suboxone® sont utilisés à parité après trois à quatre ans. » Compte-tenu du succès de la buprénorphine dans notre pays, la proportion de patients français qui devraient sur cette base progressivement intégrer le Suboxone® risque d’être significative1.

Le syndrome de la chauve-souris

S’il n’est pas question de nier le douloureux problème de l’injection de buprénorphine, avec son lot d’abcès, phlébites et autres nécroses des veines, qui constitue une préoccupation majeure de santé publique, nos doutes portent sur l’efficacité de la solution proposée. Des études australiennes et finlandaises confirment que, comme son frère aîné Subutex®, le Suboxone® finit par intégrer le panel des drogues proposées au marché parallèle.

L’introduction de naloxone dans un cachet susceptible d’être un jour consommé pour se défoncer représente donc un danger objectif supplémentaire pour les injecteurs d’opiacés. D’autres groupes d’autosupport évoquent ainsi de nombreux cas d’usagers injectant le Suboxone® dans des conditions tout aussi déplorables, voire encore plus dommageables en raison de la nécessité de multiplier les injections pour que la buprénorphine finisse par déloger la naloxone. Et de nombreux sites Internet ou forums d’usagers s’intéressent déjà au Suboxone® en tant que drogue de rue : comment l’injecter proprement, comment éviter l’effet naloxone ? Un forum américain2 s’étonne même du succès rencontré par l’injection de Suboxone® chez les « rehab », les anciens junkies sortis de cure.

Avec ses ailes de dragon et son corps de rat, la chauve-souris a longtemps laissé perplexes les zoologistes : s’agit-il d’un rongeur ou d’un volatile ? En véritable ornithorynque de la substitution, le Suboxone® s’avance vers un destin indéchiffrable, la gageure étant de vouloir bâtir une alliance thérapeutique grâce à la naloxone, une substance qui est le cauchemar du consommateur d’opiacés3.

Pour les ultra-motivés

Certes, la grande majorité des utilisateurs de Subutex® n’injectent ni ne sniffent leur prescription. Mais, lors d’une nouvelle inclusion, est-on certain qu’ils ne le feront jamais et s’ils le font, quelles seront les conséquences à long terme de les avoir dirigés vers le Suboxone® ? L’utilisation d’un antagoniste pur des opiacés pour renforcer les motivations des candidats au sevrage existe déjà avec la prescription de Revia®, un médicament contenant de la naltrexone, une molécule cousine de la naloxone. Selon les informations collectées sur ce traitement, seuls les candidats à l’abstinence ultra-motivés profitent du soutien anti-opiacé procuré par le gendarme chimique contenu dans le Revia®. Un traitement qui n’a en fait jamais réellement convaincu la masse des candidats à l’abstinence car la contrainte chimique ne peut tenir lieu de déterminant pour transformer tout ce qui a constitué l’univers mental et la sensibilité d’un usager durant de longues années.

Certes, quelques individus, résolus à ne plus injecter leur prescription de buprénorphine pourront peut-être trouver dans le changement de molécule un support psychologique supplémentaire, propre à renforcer leur motivation. Mais au nom de ces quelques bénéficiaires putatifs, on risque de toucher à l’équilibre, toujours délicat, d’un mécanisme qui fait tous les jours la preuve de son succès auprès de la grande majorité des patients.

Subutex® choisi ou Suboxone® subi ? Telle est la question. La balle est dans le camp des prescripteurs et dans celui des responsables de la communication qui sera faite sur ce sujet toujours perméable à la rumeur, au fantasme et à la maladie de la persécution, que l’on soit drogué, patient ou professionnel du soin.

    1. ^ -Soit la moitié des 130 000 patients traités à la buprénorphine !
    1. ^ -http://forum.opiophile.org/showthread.php?8161-Just-Doo-Ittt.
  1. -En général les usagers de drogues découvrent les effets « particuliers » de cette molécule en salle de réveil après une overdose.

[Républicain Lorrain] Subutex : les dessous d’un trafic prospère

Républicain Lorrain, 28 avril 2012

Le trafic de substituts à l’héroïne jugé à Metz laisse apparaître des toxicomanes malins, des médecins complaisants et une CPAM frappée de cécité.

Les condamnations tombées jeudi après-midi n’ont pas éliminé toutes les interrogations. Trois habitués du pavé messin croupissent en prison pour avoir alimenté, durant quelques mois, un trafic de différents produits de substitution. Un autre a un bracelet électronique autour de la cheville pour avoir su revendre du Subutex ou du Skenan à l’étranger. La brigade des stupéfiants a interrompu, grâce à un renseignement anonyme, un phénomène d’une ampleur traduite par certains chiffres : ces deux dernières années, la Caisse primaire d’assurance-maladie a remboursé 162 000 € de médicaments prescrits à cette bande errante. Comment des SDF toxicomanes messins ont pu amasser et revendre des milliers de boîtes de médicaments sans qu’aucun système de veille sanitaire ne s’allume ?

La liberté d’action de ces individus a mis en lumière « les failles d’un système » dans lequel ils se sont engouffrés pour l’argent. Au départ de cette chaîne, la bande a profité et abusé de la « complaisance », maintes fois relevée à l’audience, d’une poignée de médecins du centre-ville de Metz à la signature facile. Dans les bonnes règles, un utilisateur de Subutex reçoit le nombre de plaquettes nécessaires pour 28 jours. Dans le cas présent, les patients se présentaient jusqu’à cinq fois par semaine chez le même médecin. Ces bénéficiaires de la CMU utilisaient parfois leur carte vitale, parfois celle d’un tiers. Pas vraiment un problème.

Les membres du conseil de l’Ordre des médecins de la Moselle ont fait des bonds en apprenant l’affaire. « L’un des médecins concernés fait déjà l’objet d’une procédure ordinale pour des problèmes similaires. C’est un souci et l’on doit bien avouer que dans ce cas précis, les médecins ne font pas leur travail. Il faudra voir pourquoi ils font ça », réagit le docteur Daniel Delattre, président du conseil de l’ordre.

La CPAM l’aurait « découvert »

Après ces aveux, une mise au point. Les médecins ne sont pas seuls fautifs. « Les pharmaciens n’ont pas le droit de délivrer de telles quantités ! » Un pharmacien messin rétorque « qu’il fait confiance aux médecins. » Les auteurs de l’escroquerie ont su aussi écumer toutes les officines de Metz pour éviter d’éveiller les soupçons. Un médecin sourit : « Enfin là, on parle de plusieurs milliers de boîtes. Ce sont des pics de consommation inhabituels. »

Les deux professions médicales se rejoignent sur un point : le manque de vigilance de la sécurité sociale. L’organisme a été alerté par les services de police. « La CPAM est la seule à pouvoir voir et contrôler ce qu’elle rembourse », appuie le docteur Delattre. Un exemple concret : le Skenan est donné à des malades du cancer, « donc si l’on prescrit 800 boîtes en quelques semaines, ça montre une hausse subite de cancéreux… »

Attaquée, critiquée jeudi par le tribunal, qui a estimé « qu’elle est à moitié responsable de son préjudice », la CPAM assure qu’elle aurait « découvert l’escroquerie », affirme Jean-Marc Gioria, sous-directeur en charge notamment de la lutte contre les fraudes. « Nous avons des systèmes de surveillance qui nous alerte quand il y a des remboursements anormaux chez les assurés. » Il ne dira pas à partir de quelle somme les voyants s’allument. « Nous ne sommes pas inactifs, bien au contraire. 1,5 million d’euros ont été récupérés au titre des fraudes en 2011. » Le vrai problème selon Jean-Marc Gioria, c’est « la complaisance des médecins. » On y revient…

Kevin GRETHEN.

[Le Quotidien du Médecin] Une nouvelle drogue détectée quasiment chaque semaine en Europe

Le Quotidien du Médecin, le 26 avril 2012

En 2011, 49 nouvelles substances psychoactives ont été notifiées par le système d’alerte rapide de l’Union Européenne, soit le nombre de substances le plus élevé jamais signalé en une seule année constatent l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) et l’agence Europol dans un rapport commun.

« La rapidité de l’apparition des nouvelles drogues sur le marché défie les procédures établies pour surveiller la consommation de nouvelles substances psychoactives, trouver des réponses et assurer un contrôle », soulignent l’OEDT et Europol dans un rapport annuel. En 2011, 49 nouvelles substances psychoactives ont été officiellement notifiées pour la première fois par l’intermédiaire du système d’alerte rapide de l’Union Européenne, soit près d’une nouvelle substance déclarée par semaine. « Ceci représente le nombre de substances le plus élevé jamais signalé en une seule année, en augmentation par rapport à 2010 (41 substances) et 2009 (24 substances », indiquent les agences.

Cette tendance à la hausse est en partie imputable à l’amélioration des capacités des systèmes nationaux d’alerte. « Tous les nouveaux composés signalés en 2011 étaient d’origine synthétique », note le rapport. Les deux tiers émanant de deux grands groupes de produits : les cannabinoïdes de synthèses (23 substances) et les cathinones de synthèse (8 substances).

Le reste des nouvelles drogues recensées inclut des phénéthylamines (5 substances), des aminoalkylbenzofurannes (2 substances), un thiophène analogue de la méthamphétamine (méthylthienylpropamine), un aminoindane (5-IAI), un pipéridine substitué (4-benzylpiperidine). Sont également retrouvés des médicaments, leurs métabolites ou précurseurs ou encore des molécules qui miment l’effet de médicaments connus comme les benzodiazépines ou le méthylphénidate (Ritaline).

5 % des jeunes en consomment

La progression du nombre de ces drogues s’explique également par la facilité avec laquelle ces substances peuvent être trouvées sur internet. Le nombre de boutique en ligne proposant au moins une substance ou un produit psychoactif vendus comme « euphorisants légaux » est passé de 314 en janvier 2011 à 690 en janvier 2012. « Actuellement, on trouve des drogues vendues dans des emballages attrayants sur la toile, dans les boîtes de nuit ou sur le coin d’une rue », évoque Wolfgang Götz, directeur de l’OEDT.

« Quelle que soit la source, il faut savoir que les personnes qui consomment cette gamme croissante de poudres, pilules et mixtures jouent un jeu dangereux, sans connaître les substances que ces produits contiennent ni les dangers qu’ils peuvent représenter pour la santé », ajoute-t-il. D’après une enquête Eurobaromètre menée en 2011, 5 % des jeunes de 15 à 24 ans affirment avoir déjà consommé des euphorisants légaux. Les personnes interrogées affirment s’être procurées ces substances par l’intermédiaire d’amis (54 %), lors de fêtes ou dans des boîtes de nuit (37 %), dans des boutiques spécialisées (33 %) ou sur Internet (7 %).

› DAVID BILHAUT

[Sciences Humaines.com] Les ravages du « binge drinking »

Sciences Humaines.com, 2 avril 2012 (via la Revue de presse de Synergie, Cyberpresse – menu en haut, dernier onglet)

Le Premier ministre britannique, David Cameron, vient de déclarer la guerre à l’alcool bon marché, directement responsable de phénomènes d’hyperalcoolisation (« binge drinking ») dans son pays. En Angleterre, 200 000 hospitalisations liées à l’alcool ont été recensées en 2011 – soit plus 40 % par rapport à 2003. Selon le Daily Mail, les ravages liés à l’alcool coûtent chaque année au National Health Service 2,7 milliards de livres. Malheureusement, le binge drinking – le buveur se met au défi d’ingurgiter des doses massives d’alcool en un temps record – est particulièrement répandu chez les jeunes. Or une étude a permis de montrer l’apparition de dysfonctionnements importants et un déficit cérébral spécifique pour ce mode de consommation. Des chercheurs de l’Université catholique de Louvain (UCL) ont observé par électroencéphalogramme quatre groupes de 20 sujets : un groupe contrôle qui ne buvait pas, un groupe buvant en moyenne 20 doses d’alcool par semaine réparties sur 5 à 7 jours, un groupe de « binge drinkers  » modérés (consommant la même quantité en moyenne que les buveurs quotidiens, mais de manière beaucoup plus concentrée), et des « binge drinkers  » importants (40 doses d’alcool en 2 ou 3 fois maximum). Sans surprise, les résultats de l’étude montrent davantage d’impact sur le cerveau des « binge drinkers » importants que modérés. Mais, beaucoup plus étonnant, on observe une différence majeure entre buveurs quotidiens et « binge drinkers » modérés, alors que la quantité d’alcool consommée est la même. Chercheur à l’UCL, Pierre Maurage explique : «  Au-delà de la quantité d’alcool consommée, c’est particulièrement le mode de consommation avec cette alternance fréquente entre intoxications fortes et sevrages qui a aussi été mis en évidence pour la première fois chez l’homme. On sait que, chez les sujets alcooliques ayant la même alcoolo-dépendance, les déficits cérébraux autant structurels que fonctionnels sont corrélés au nombre de sevrages. Ainsi les déficits cognitifs sont d’autant plus importants s’ils ont été souvent sevrés. » Un sevrage qui échoue serait-il plus néfaste que pas de sevrage du tout ? Si cette conclusion doit être prise en compte, elle semble bien difficile à défendre pour tous ceux qui prennent en charge au quotidien des patients alcoolo-dépendants.

Pierre Maurage et al., « Cerebral effects of binge drinking: Respective influences of global alcohol intake and consumption pattern », 4 novembre 2011. Disponible sur www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1388245711006869